Colère sur les ronds-points, mais pas de virage social

Le passage en deuxième, voire troisième sujet des journaux télévisés du mouvement des gilets jaunes ne doit leurrer personne. Il ne faudrait pas confondre le retour à « l'ordre » chèrement payé à coup de lacrymogène avec la fin de la crise sociale dont ce mouvement est depuis des semaines la tangible et vigoureuse expression.

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La crise sociale n'aura peut-être pas les mêmes expressions dans les prochains jours, mais des millions de Français vont continuer de la vivre et ceux à qui les annonces de Jupiter ont pu faire espérer quelque chose risquent d'avoir un réveil douloureux. Car Emmanuel Macron qui a fait de la communication un art consommé n'a annoncé que poudre aux yeux, fausses bonnes nouvelles voire franches arnaques.


Les 13 minutes de son pénible discours monocorde et compassé ne sont en rien un mea culpa et encore moins l'annonce d'un virage social. La hausse du Smic de 100 euros « dès 2019 sans qu'il en coute un euro de plus pour l'employeur » est une arnaque. D'abord parce qu'on ne parle pas d'augmentation du salaire minimum, mais de l'anticipation des hausses promises de la prime d'activité. Et c'est dans ce genre de détail que le diable se niche. Parce que beaucoup de smicard vont y échapper du fait de la prise en compte des revenus de leur foyer fiscal. Par ailleurs cette aumône n'aura aucune influence sur les grilles de salaires arrimées au Smic. Or la question salariale mise en lumière par ce mouvement social ne concerne pas que les salariés payés au salaire minimum.


Ce président qui s'est fait élire pour en finir avec l'ancien monde n'a rien trouvé de mieux que de faire du Sarkozy en nous recyclant sans vergogne le « travailler plus pour gagner plus ». Là encore, le diable est dans les détails. La suppression des cotisations sociales et des impôts sur les heures supplémentaires va encourager les entreprises à ne pas embaucher. On estime à 20 000 et 40 000 emplois l'impact des exonérations sur les heures supplémentaires. Sans parler du manque à gagner pour le budget de l'Etat et des systèmes de protection sociale.


Quant aux retraités là encore, le diable toujours..., car la suppression dès 2019 de la hausse de la CSG subie cette année « pour ceux qui touchent moins de 2000 euros par mois » ne concernera pas les foyers fiscaux dont les deux pensions seront prises en compte.


« Le président tourne le dos aux revendications légitimes des salariés du privé et du public, des privés d'emplois, des jeunes et des retraités », a déploré la CGT qui a appelé « à poursuivre les mobilisations et à agir par des grèves dans les entreprises et des manifestations, à partir des revendications avec des salariés » notamment cette semaine le 18 décembre. L'état d’urgence économique et social commande des mesures à hauteur des besoins : « l’augmentation immédiate du Smic, des salaires, des pensions, du point d’indice dans la fonction publique, plus de justice fiscale, le rétablissement de l’ISF, l’exigence des négociations sur les salaires dans les entreprises, des services publics qui répondent aux besoins, la relance de la politique industrielle ».

 

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

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