Gilets jaunes : un mouvement qui interpelle le syndicalisme

Le mouvement des gilets jaunes du 17 novembre a sans aucun doute dépassé les espérances de ses initiateurs.

17nov


Dans la grande diversité des acteurs ou soutiens de cette journée de mobilisation autour du rejet d’une politique en faveur des plus riches, se sont également exprimé des voix qui au printemps dernier notamment pestaient contre les grévistes de la SNCF, à grand renfort de médias si prompts d'habitude à vilipender la radicalité sociale pour ne pas dire la violence dont se rendraient coupables les syndicats.

Ce mouvement social ne répond pas aux « canons habituels ». Une pétition en ligne, des appels sur les réseaux sociaux, des groupes Facebook, des vidéos postées sur la toile et consultées plusieurs millions de fois. L'initiative de quelques individus, est devenue virale en quelques jours. C'est donc une « mobilisation 2.0 » qui en a surpris plus d'un. Mais n'ayons pas la mémoire trop courte et souvenons-nous du succès déjà très surprenant par son ampleur et sa rapidité de la pétition en ligne contre la réforme du Code du travail.

Même si la fille Le Pen ne s'est pas précipitée sur les barrages de samedi pour ne pas prêter le flanc aux accusations de récupération, la fachosphère a très vite relayé ces appels voyant là l'occasion inespérée de transformer des revendications légitimes en faveur du pouvoir d'achat en rejet de l'impôt et de la fiscalité, vieilles lunes de l'extrême droite. Cette proximité ou cette porosité avec les thèses de l'extrême droite a évidemment posé questions aux organisations syndicales et en particulier à la CGT.

Cette mobilisation sociale exprime la colère du monde du travail et par sa nature elle confère une responsabilité aux organisations syndicales et à la CGT en particulier. Ce qui est en jeu dans cette séquence politique et sociale où l'exécutif n'a eu de cesse de marginaliser et discréditer les corps intermédiaires que sont notamment les syndicats, c'est leur capacité d'informer, de mettre en débat des propositions revendicatives pour la défense du pouvoir d'achat, des services publics de proximité, une autre fiscalité, la mobilité… et pour les salaires curieusement absents des revendications de ce mouvement sans leader, sans programme, sans plateforme. Car le fond du problème c'est d'abord que les salaires sont insuffisants dans notre pays comme l'ont mis en lumière nombre de témoignages de ces Français qui n'en peuvent plus une fois réglées toutes leurs dépenses contraintes. La responsabilité des organisations syndicales c'est de transformer cette colère en exigences revendicatives portées par de nouvelles mobilisations. Et il ne s'agit pas là de récupération du mécontentement, mais bien pour le syndicalisme d'assumer ses responsabilités.

C’est pourquoi la CGT met à disposition une pétition sur le coût de la vie, la reconnaissance et le paiement des qualifications ainsi qu’un support d’interpellation des députés. Elle propose de mettre en débat avec les salariés des formes de mobilisation en capacité d’ouvrir de véritables perspectives de progrès social rassembleuses.

 

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

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