Déconfinement revendicatif en perspective

« Il nous faudra nous rappeler aussi que notre pays, aujourd'hui, tient tout entier sur des femmes et des hommes que nos économies reconnaissent et rémunèrent si mal. « Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune ».

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Ces mots, les Français les ont écrits il y a plus de 200 ans. Nous devons aujourd'hui reprendre le flambeau et donner toute sa force à ce principe ». Que c'est beau... mais que c'est émouvant de sincérité ce passage de la dernière allocution présidentielle ! Mais « fol qui s'y fie ». Derrière ce discours ciselé -on l'imagine bien- par les communicants de l'Elysée, on peut bien sûr entendre une nouvelle promesse qui, sans rapport de force, sera vite oubliée histoire d'accompagner -voire de récupérer- les applaudissements de 20 heures aux balcons et fenêtres.

Emmanuel Macron anticipe bel et bien un déconfinement très revendicatif. Et il faut voir dans ces éloges aux invisibles, au service public, le signe d'une certaine fébrilité de l'exécutif face à ce qui va lui revenir en boomerang le jour d'après. Le gouvernement la craint la perspective d'une confrontation sociale que les rapports et les notes du renseignement intérieur lui font déjà remonter. Selon une note du Service central du renseignement territorial (SCRT) publiée le 7 avril  « la sortie de crise passera inévitablement par un rendez-vous de contestation sur la voie publique, afin de dénoncer les manquements de l’État et l’absence de réelles politiques sociales ». Et comme si les rapports des barbouses ne suffisaient pas, le patron des députés LREM, a plaidé le 12 avril dans le JDD pour une « réinitialisation des relations avec les partenaires sociaux ». Selon Gilles Legendre, la réforme des retraites a « montré à quel point notre démocratie sociale est épuisée ». Et le député d'avancer qu’« entre deux réformes utiles, il faudra toujours choisir celle qui rassemble les Français. Si elle empêche le pacte républicain de se conclure, la réforme des retraites devra être mise de côté ». Si ce n'est pas un signe de fébrilité...

Les ferments d'une nouvelle confrontation sociale sont bel et bien là parce que cette pandémie qui révèle la faillite du modèle néolibéral fait grandir des aspirations à de vrais changements, une soif de reconnaissance du travail invisibilisé par le Wall Street management. Le monde d'après, il ne pourra se faire contre les femmes et Macron ne peut espérer solder l'aspiration à la revalorisation des métiers à prédominance féminine avec une petite prime Covid-19 pour dédommager celles et ceux qui sont en première ligne. C'est ce message qu'ont exprimé ensemble les secrétaires généraux de l'ensemble des organisations syndicales dans une tribune publiée dans Le Monde ce samedi 18 avril.

 Cette crise sanitaire qui disqualifie l'esprit de compétition, appelle au contraire à de nouvelles solidarités. Le monde d'après appelle à repenser ce système qui nous a menés et nous mènerait encore à de nouvelles impasses sanitaire, sociale, économique, environnementale. Et si Emmanuel Macron a appelé dans ses allocutions Covid-19 à des « décisions de rupture » et à placer « des services publics en dehors des lois du marché », il n'a pas pour autant changé de logiciel. Seules les mobilisations seront de nature à transformer le réel. C'est pour poser les premières pierres du rapport de forces que l'Ugict-CGT a lancé une grande consultation sur les conditions de travail et d'exercice à l'heure du Covid-19. Nous comptons sur vous pour y répondre et la diffuser d'ici au vendredi 24 avril !

 

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

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