Prime et médaille... sous les masques, la colère des soignant.es

Traitée depuis plus d'un an par le mépris coutumier du gouvernement à l'égard des mouvements sociaux, la mobilisation des soignant.es trouvera encore dans les récentes annonces de l'exécutif matière à repartir avec rage.

medailleprime

 

Car la promesse d'une prime (dont ils n'ont pas encore vu la couleur), celle d'une médaille et d'une mise à l'honneur au 14 juillet ont été reçues comme une nouvelle provocation par celles et ceux qui ont depuis plus de deux mois été applaudi.es aux fenêtres chaque soir.

Le versement de la prime annoncée depuis le 25 mars et de leurs heures supplémentaires majorées promis par le gouvernement a pris un retard, faute de décrets publiés, alors que dans le même temps on a trouvé à débloquer 7 milliards d'euros pour sauver Air France sans que l'État exige la moindre contrepartie en matière d'emploi. C'est dire la considération pour ces femmes et ces hommes, dont certain.es ont payé de leur vie la « guerre » au Covid-19 décrétée par Macron. Le décret a finalement été publié le 15 mai. Et c'est une nouvelle usine à gaz qui a été fabriquée entre l'avenue de Ségur et Bercy au vu des multiples conditions pour en bénéficier. Une grande partie des professionnel.les pourtant mis à rude épreuve risquent d'en être écarté.es, ce qui va générer une déception immense.

Parce que la mobilisation de la communauté hospitalière ne demande qu'à reprendre et que les infirmières, aides-soignantes, médecins, brancardiers, agent.es de services sont plus que jamais salué.es par la population comme des héros, Jupiter s'est mis en devoir de faire des promesses. De geler par exemple les restructurations et les fermetures de lits. Mais voilà que le patron de l'ARS du Grand Est a été limogé début avril pour avoir vendu la mèche en dévoilant que les restructurations reprendraient après l'épidémie. Depuis des semaines, le chef de l'État promet « un plan massif d'investissement et de revalorisation des carrières », mais n'annonce aucun chiffre. Le même Macron n'avait-il pas d'ailleurs aussi promis de revoir la tarification à l'activité des hôpitaux, cette fameuse T2A qui étrangle, asphyxie l'hôpital, détourne les soignant.es de leurs missions en les noyant dans une bureaucratie kafkaïenne ? Trois ans après son élection, la T2A est toujours là, mais qu'on se rassure : « Nous donnerons très rapidement des signes au monde hospitalier », promet Olivier Véran. Lequel ministre de la Santé annonce le lancement le 25 mai d’un « Ségur de la santé » avec une « grande réunion multilatérale des partenaires sociaux au ministère », afin de présenter un plan, « cet été, pour traduire tout ce qui peut l’être dans le prochain budget de la Sécurité sociale ».

Pas sûrs que ces annonces et ces promesses, cette prime inégalitaire suffisent à faire retomber la fièvre. Le déconfinement va rimer dès la mi-mai avec la reprise des actions de mobilisation de la communauté hospitalière tous les mardis à l'appel de la CGT Santé et Action sociale pour exiger notamment la reconnaissance des qualifications, l'augmentation des salaires, les effectifs nécessaires pour bien soigner, l'arrêt des fermetures de lits. Et juste après la visite surprise d'Emmanuel Macron à la Pitié-Salpêtrière, syndicats et collectifs hospitaliers ont annoncé qu'ils se réuniraient le 18 mai pour préparer une « journée nationale de mobilisation » pour l'hôpital public mi-juin.

 

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

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