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Billet de blog 20 oct. 2021

Temps de travail : Macron joue la montre et allume des contrefeux

Collision du calendrier, c'est dans la même semaine où la CGT présentait et lançait sa campagne pour la réduction du temps de travail à 32 heures le 14 octobre, qu'Emmanuel Macron nous expliquait au détour de la présentation du plan d'investissement France 2030 que « nous sommes un pays qui travaille moins que les autres ».

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À l'évidence, fini la câlinothérapie, terminé les hommages à ceux qui ont fait tourner le pays au plus fort de crise sanitaire, Emmanuel Macron nous explique que le monde d'après ce sera pire que celui d'aujourd'hui, que le progrès social est derrière nous, qu'il va falloir bosser plus, plus longtemps. 

Se basant sur des données erronées, le porte-parole du gouvernement est venu nous affirmer que les Français « travaillent deux heures trente en moins par semaine que la moyenne des pays de l’OCDE ». Archi-faux, car selon l’OCDE, avec 36,5 heures de travail hebdomadaires moyen en 2020, la France n'est que trente minutes sous la moyenne des 38 pays de cette organisation. 

 On a hélas l'habitude de ces couplets sur le temps de travail, mais il y a des données qui contredisent les discours néolibéraux. Ainsi, la CGT affirme au contraire, chiffres officiels à l'appui que la semaine de travail qui est théoriquement de 35 heures est en réalité en moyenne effective à 37,4 heures hebdomadaires, soit plus que chez nos voisins européens. La réalité, c'est que notre pays cumule 800 millions d'heures supplémentaires, soit l’équivalent de 500 000 emplois à temps plein. La vérité, et c’est la Dares qui le dit, c’est que les cadres travaillent en moyenne 44h30, que les professions intermédiaires ne sont pas loin derrière avec 42h30 de travail hebdomadaire. Et avec le télétravail, l’amplitude horaire et l’intensité du travail se sont amplifiées, comme l’a mis en évidence la dernière enquête de l’Ugict.

Cette collision du calendrier, n'est sans doute pas une réponse présidentielle à la campagne de la CGT, mais elle est incontestablement un contrefeu à un débat qui monte de plus en plus dans le champ social et auquel la CGT prend une part active. Parce que depuis deux décennies, depuis les lois Aubry, le temps de travail stagne - voire augmente.

« C’est une période intruse dans l’histoire, d’autant plus aberrante que le chômage demeure massif », affirme la CGT dans un livret où elle développe 32 propositions pour les 32 heures.

 Le contrefeu élyséen a aussi une autre fonction, c'est préparer les esprits à un allongement de la durée de cotisation et un recul de l'âge de départ à la retraite. Cette aspiration à travailler moins pour travailler tous et mieux n'est pas franco-française. Elle est portée en Allemagne par IG Metall qui réclame les 32 heures depuis 2020, tandis qu'outre-Rhin, une centaine d'économistes et de syndicalistes plaident pour la semaine de 30 heures afin de faire baisser le chômage. Outre-Manche, le Parti travailliste a inscrit la semaine de 32 heures en quatre jours sans perte de salaire à son programme depuis deux ans. En Espagne, on mène depuis mars l'expérience de la semaine de quatre jours et 32 heures sur 200 entreprises. À qui dès lors fera-t-on avaler que les Français sont des fainéants ? C'est un mouvement inéluctable qui s'est toujours heurté aux milieux d'affaires, au patronat et aux libéraux de tout poil. Le progrès social, c'est de baisser le temps de travail sans baisser les salaires et avec l'obligation de création d'emplois. Car on a vu ce que donnait la mise en place de la RTT à l'hôpital sans les emplois correspondants. Faute de recrutements, elle a hélas contribué à l'intensification du travail et à la dégradation des conditions de travail.

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

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