Jupiter se moque... et pas que des Amish

La « pensée complexe » dont Macron se prétend le champion en a encore pris un sérieux coup ces derniers jours avec le couplet jupitérien devant les patrons du numérique le 14 septembre.

antenne

« J’entends beaucoup de voix qui s’élèvent pour nous expliquer qu’il faudrait (répondre à) la complexité des problèmes contemporains en revenant à la lampe à huile. Je ne crois pas que le modèle Amish permette de régler les défis de l’écologie contemporaine », s’est moqué Macron. 

Pratiquement depuis qu'il s'est installé à l'Elysée, Jupiter nous a habitué... -on devrait plutôt dire gavé- de ces petites phrases assassines, méprisantes à l'endroit de tous ceux qui s'avisent de contester sa politique, se mobilisent dans la rue ou dans leurs entreprises. Nous avons eu droit aux « Gaulois réfractaires au changement », « Un pays qui n’est pas réformable », aux « fainéants », à « ceux qui ne sont rien », « le pognon de dingue que l’on dépense pour les minima sociaux ».

Personne n'a oublié qu'il fallait juste traverser la rue pour trouver du boulot, et on se souvient aussi de « ceux qui foutent la merde » en parlant des ouvriers de GM&S qui luttaient pour sauver leur boîte et qui auraient mieux fait de chercher du boulot à 120 kilomètres de la Souterraine.

Il n'y a guère que durant le confinement que Jupiter n'a pas craché son venin de grand bourgeois avec de bons mots et des petites phrases. Durant cette période où les Français applaudissaient les soignants, il n'a pas osé. Quoiqu'il ne se soit pas retenu de les prendre pour des gogos en leur annonçant médailles et honneurs au 14 juillet... et une promesse de prime Covid de 1000 euros. Là hélas, il n'a pas pu s'empêcher de prendre les Français, les invisibles pour des benêts car depuis, nombreux sont ceux qui réclament d'en toucher le premier euro alors qu'ils ont fait tourner la boutique et continuent à assumer péniblement un travail essentiel.

La pensée macroniste est hélas tristement binaire et elle le sera de plus en plus à mesure que nous allons nous rapprocher de la présidentielle. Il s'agit avec ces formules à l'emporte-pièce de cliver, de faire les poches de la droite, de sa pensée et surtout de son électorat. Voilà pour les arrières pensées.

Mais la caricature faite par Macron de ceux qui posent des questions sur le déploiement de la 5G est d'abord bien plus qu'un reniement, c'est un mensonge. Macron a menti aux 150 citoyens participant à la Convention citoyenne pour le climat. Ils avaient demandé d’« instaurer un moratoire sur la mise en place de la 5G en attendant les résultats de l’évaluation de la 5G sur la santé et le climat ». On nous avait assuré que leurs propositions seraient reprises « sans filtre ». Macron les avait félicités pour « la qualité de leur travail »  allant jusqu'à ajouter qu'« en 9 mois, la Convention citoyenne a bousculé le système ». Non décidément, la seule chose qui a été bousculée c'est la démocratie participative à la mode Macron car quelques jours après la clôture de la Convention, le gouvernement annonçait que la 5G serait lancée, comme prévu.

Devons-nous accepter le débat caricatural et binaire que nous impose la macronie ? Sûrement pas. La question n'est pas pour ou contre la 5G (au passage des milliers de Français n'ont pas encore accès à la 4G ou ne sont pas encore raccordés à la fibre). Le débat ne peut se résumer à nous vanter les charmes d'un monde hyperconnecté où télécharger un film ne prendrait plus qu'une seconde au lieu d'une minute. La 5G est une question hautement politique. Avons-nous envie et besoin de cette hyperconnexion, de cette multiplication des objets connectés, de la généralisation de la captation mais aussi la privatisation de nos données en temps réel. À quelle fin ? Pour le bénéfice de qui ? Ces questions sont évacuées d'un revers de manche de costume par Jupiter. Depuis des mois, des citoyens se battent contre les possibles impacts du déploiement de la 5G pour la santé. D'autres interrogent le mode de développement économique porté par la 5G, les risques pour les libertés publiques et la démocratie ou bien contestent la course effrénée à la consommation d'énergie que la collecte, la circulation et le stockage de la data va entraîner.

D’autres enfin, se battent contre le démantèlement de fleurons industriels, contre la suppression d’un tiers des postes de Nokia (exemple Alcaltel-Lucent), et le licenciement de 1250 ingénieur.es, cadres et technicien.nes chargé.es justement de développer la 5G. Sans cette technologie européenne, le déploiement de la 5G nous forcera à choisir de confier nos données aux chinois ou aux américains. Tous des Amish ? Tous demeurés qui veulent retourner à la lampe à huile ?

 

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

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