La « Clause du grand-père » jouera contre les jeunes actifs

L'annonce par la presse de l'existence d'un plan B pour la réforme des retraites n'est en fait qu'une demi-surprise car dès la grève de la RATP le 13 septembre dernier qui a bloqué la capitale, le Premier ministre annonçait qu'elle ne s'appliquerait pas avant 2040 pour certains régimes spéciaux.

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Dès lors, il est apparu clairement que le gouvernement allait tenter de déminer secteur par secteur pour s'épargner une crise sociale. On a donc appris par les Echos que dans un document de travail distribué aux syndicats et au patronat le haut-commissaire aux Retraites, Jean-Paul Delevoye, allait rouvrir la discussion sur le calendrier de la réforme. Le gouvernement soumettrait à la « concertation » le report de la bascule aux « générations postérieures », « voire appliquer la réforme aux nouveaux entrants sur le marché du travail ».

Une « clause du grand-père » permettrait de repousser l'application de la réforme suffisamment loin pour que la majorité des personnes ne soient pas concernées, et donc ne descendent pas dans la rue. C'est ce même principe qui a été décidé par le gouvernement dans le cadre de la réforme ferroviaire avec la fin de l'embauche au statut pour les nouveaux entrants. Avec cette méthode, Macron veut diluer dans le temps les impacts d'une réforme bien difficile à vendre. D'ailleurs le gouvernement ne reconnaît-il pas implicitement le caractère anxiogène de cette réforme quand il prétend par exemple rassurer les retraités actuels en leur disant qu'ils ne seraient pas touchés ?

Ce que l'on peut remarquer depuis des mois, c'est que le chef de l'Etat n'a pas varié sur le fond de cette réforme. Il se contente de rallonger l'agenda avant la discussion du projet et fait maintenant savoir que la réforme ne s'appliquerait que pour les générations futures. A l'évidence, le contexte social est pour beaucoup dans ces annonces. Le pays est à cran comme l'ont montré les mobilisations depuis des mois, celle des Gilets jaunes évidemment, mais bien d'autres depuis. En témoignent aussi les grèves des pompiers, des hospitaliers, ou encore l'exercice du droit de retrait des cheminots à la suite d'un accident grave.

La perspective du 5 décembre prochain avec l'entrée en grève illimitée à la RATP, l'annonce d'une journée de mobilisation nationale interprofessionnelle à l'appel de la CGT, FO, FSU, Solidaires et quatre organisations de jeunesse obligent le gouvernement à mettre le pied sur le frein. Mais on est encore loin d'une réécriture de la réforme ou d'un abandon de ses caractéristiques les plus néfastes. L'exécutif espère non seulement jouer en opposant artificiellement les salariés du régime général et ceux de régimes spéciaux, mais il espère aussi avec ce plan B allonger la mise en œuvre de sa réforme et désolidariser les générations entre elles.

Il y a dans cette méthode cynique une responsabilité supplémentaire pour les organisations syndicales qui doivent non seulement expliquer, décrypter la réforme et ses dangers, mais aussi convaincre les salariés de regarder plus loin que leur compte individuel de points et l’horizon de leur propre fin de carrière pour refuser la déconstruction de notre modèle social, et le sacrifice des jeunes générations.

 

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

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