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Billet de blog 22 nov. 2022

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Le silence est brisé, mais les moyens de lutte restent dérisoires

Violences sexistes et sexuelles : c'est à nouveau une marée violette qui a déferlé dans les rues de Paris et en région samedi 19 novembre.

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Pour la quatrième fois depuis 2018, la couleur de la révolte féministe contre les violences faites aux femmes s'est répandue constellée de slogans plus accusateurs les uns que les autres pour dénoncer l'inaction gouvernementale.

Car en ce domaine comme dans d'autres, Emmanuel Macron cause mais fait peu. Et déjà le bilan de son premier quinquennat n'avait brillé ni dans la lutte contre les inégalités entre les femmes et les hommes ni contre les violences sexistes et sexuelles, ainsi que le dénonçait le rapport d'Oxfam France en mars dernier. Il pointait ainsi que « La politique en faveur de l’égalité femmes-hommes représente 0,25 % du budget de l’État ; en moyenne 1 femme est tuée par son conjoint ou ex-conjoint tous les 3 jours ».

À l'occasion de cette journée, l'exemple de l'Espagne a été largement commenté. C'est qu'au-delà des Pyrénées, le nombre de féminicides a chuté de 24 % en quinze ans grâce à une panoplie de mesures transversales à partir de 2004, avec l’adoption d’une loi cadre jugée comme la plus protectrice au monde par l’ONU. Elle entend imposer une « protection intégrale contre la violence conjugale » en articulant prévention, protection des victimes et condamnation des agresseurs. Alors qu'en France on n'en est encore à des expérimentations de tribunaux spécialisés, en Espagne il existe 107 de ces « tribunaux de la violence à l’encontre de la femme » répartis sur tout le territoire avec des compétences à la fois au civil et au pénal, ce qui simplifie considérablement les procédures. Et le pays s'est donné les moyens de sa politique avec un « pacte d’État » signé en 2017 qui garantit un budget d’un milliard d’euros sur cinq ans (2018-2022). Résultat, l'Espagne consacre en moyenne 16 euros par personne, contre 5 euros en France.

Dire que rien n'a bougé dans notre pays ne serait pas rendre justice au mouvement #Metoo qui a permis d'éveiller les consciences et libérer la parole des femmes. Cette année, il y a 30 % de plaintes en plus pour violences sexuelles, ce qui témoigne d'un niveau de conscience de plus en plus aigu. Mais en face, les politiques publiques ne sont pas à la hauteur. Il faut des décisions politiques et des actes forts, car la majeure partie des victimes ne voit aucune suite donnée à leur signalement. Et si les féminicides n'en finissent plus d'endeuiller les JT, ils sont la partie visible (mais toujours trop tard) d'une violence banale, insuffisamment combattue au sein même de l'entreprise ou des services publics. Ainsi, huit femmes sur dix sont victimes de sexisme au travail, 90 % des plaintes pour harcèlement sexuel au travail sont classées sans suite soit 10 % de plus que les plaintes qui concernent le cercle familial. Dans plus de neuf cas sur dix (93 %), ces femmes déclarent des conséquences sur leur sentiment d’efficacité personnelle. Et si c'est vrai dans le privé, la fonction publique n'est pas plus protectrice, puisque 97% des faits communiqués aux cellules de signalement de la Fonction publique d’État sont sans classés suite. Et cela dans un secteur où les femmes sont pourtant majoritaires.

Le mouvement #Metoo et ses déclinaisons dans certains domaines a permis sous la pression des syndicats et des associations l'adoption en juin 2019 par l’Organisation internationale du travail (OIT) d'une norme mondiale contre la violence et le harcèlement à l’égard des femmes.

Mais cette Convention 190 et la recommandation 206 n'est toujours pas réellement ratifiée par la France : « ça en dit long sur la volonté du gouvernement sur le sujet … », commente Sophie Binet, pilote du collectif confédéral « Femmes Mixité » et secrétaire générale de la CGT de l'encadrement.  Dans un courrier intersyndical, 8 organisations syndicales (CGT, FO, CFTC, CFDT, CFE-CGC, FSU, Solidaires et UNSA), interpellent unitairement Élisabeth Borne, la Première ministre sur les violences sexistes et sexuelles au travail afin que soit organisée « une table ronde multilatérale pour réaliser un bilan des quelques mesures mises en place depuis 2018 et identifier les nouvelles dispositions à adopter ». La CGT demande que la France respecte ses engagements et que soient mises en place des sanctions pour toutes les entreprises et établissements qui n’ont pas de plans de prévention des violences sexistes et sexuelles et de dispositifs de signalement négociés avec les syndicats. Ces enjeux seront au cœur d'un webinaire organisé par le collectif confédéral Femmes mixité de la CGT ce 25 novembre.  

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

Ce billet est également disponible chaque semaine en podcast "Cadres Infos" sur https://ugictcgt.fr/documents/podcast/ et sur toutes les grandes plateformes de streaming.

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