Pas les masques … pour faire la guerre au virus

La mort d'un médecin urgentiste de Compiègne infecté par le coronavirus, premier décès d'un personnel hospitalier annoncé en France, dont nous avons pris connaissance ce dimanche donne corps à la menace sourde qui pèse sur les personnels de santé privés des moyens nécessaires à leur protection, indispensables pour éviter les transmissions nosocomiales.

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La crise des masques n'a pas fini d'enfler tant elle est d'abord une crise politique. Elle fait perdre toute confiance dans la manière dont l'exécutif gère cette crise qu'il aurait pu prévoir. Il aurait dû anticiper. D'abord depuis le début de l'épidémie en Chine, mais bien en amont en entretenant et en renouvelant les stocks stratégiques du plan pandémie. La pénurie est telle que l’hôpital de Cholet a lancé un appel aux particuliers et entreprises pour récolter ces masques, tandis que l’hôpital Yves Le Foll, à Saint-Brieuc, a lancé un appel aux habitants pour fabriquer des masques de protection pour le personnel. Les hommages, les remerciements de Macron n'y feront rien : la communauté hospitalière déjà dans la défiance depuis un an avec le conflit inter-hospitalier unitaire, a besoin de preuves d'amour comme elle l'a encore exprimé le 14 février à la Saint-Valentin.

Les hussards en blouses blanches, vertes et bleues ont besoin de moyens pour travailler bien, pour soigner bien. Hors depuis le début de cette épidémie, avec les acteurs de la santé en ville, ils ont le sentiment d'être de la chair à canon. Dans leur combat contre la pandémie, ils reçoivent chaque soir le soutien de la population confinée qui applaudit et crie aux fenêtres des villes. Si ces manifestations témoignent à la fois d'un besoin de solidarité entre voisins cloîtrés, d'une gratitude vis-à-vis des personnels directement engagés, elles sont aussi la marque d’un attachement bien connu et toujours fort à un service public malmené.

Ce soutien du public qu'on avait mesuré à travers les sondages depuis un an est d’autant plus fort que toute la chaîne du soin apparaît aujourd’hui fragilisée par des années de coupes claires, de fermetures de lits, de budgets déficitaires, de suppressions de postes et maintenant, de pénurie de médicaments aussi banals que du paracétamol, de masques. « Nous apprenons aussi de cette crise, parce que nos soignants sont formidables d’innovation et de mobilisation, et ce que nous sommes en train de faire, nous en tirerons toutes les leçons et sortirons avec un système de santé encore plus fort » a promis Macron le 16 mars. Pas sûr que cette promesse soit ressentie durablement comme un solde de tout compte.

Quand Covid-19 sera passé, l'heure des comptes viendra tout comme viendra le temps de se remobiliser pour l'hôpital et exiger les moyens d'un système de santé à la hauteur d'un pays riche comme le nôtre. En attendant, nous pouvons faire plus qu'applaudir et crier à nos fenêtres, nous pouvons revendiquer avec la pétition en ligne « COVID-19 : Donnez du matériel de protection à nos soignants »

 

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

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