Dans la guerre contre le Covid, silence dans les rangs!

La sanction disciplinaire infligée à l'inspecteur du travail et militant CGT Anthony Smith par Elisabeth Borne, en dépit des multiples protestations et de la mobilisation, montre à quel point ce gouvernement comme le précédent est aux ordres des seuls intérêts économiques, pour ne pas dire inféodé au Medef.

silence

 

Alors même que l'on nous rebat les oreilles depuis des semaines avec la deuxième vague de la pandémie et que la ministre du Travail a convoqué syndicats et patronat pour leur annoncer un renforcement des mesures de protection contre la Covid-19 dans les entreprises avec une obligation renforcée du port du masque, Elisabeth Borne a muté d'office Anthony Smith le 14 août. Parce que faisant son travail en conscience et en responsabilité, l'inspecteur du travail avait exigé au printemps ce que la ministre réclame aujourd'hui. Parce qu'en quelque sorte il a trop bien fait son travail en désobéissant à une hiérarchie qui désormais n'a de cesse de foutre la paix aux entreprises.

Dans la même veine, on apprenait sur France Inter ces derniers jours que Bercy aurait demandé de ne pas mettre une pression supplémentaire sur les entreprises déjà fort éprouvées par la crise avec les contrôles et les inspections de la Direction générale de la concurrence et de la répression des fraudes (DGCCRF). Résultat, il y aurait eu cet été moitié moins de contrôle que l'an passé. La complaisance jusqu'à l'indigestion.

Mettre au pas ceux qui ont pour mission le bien commun, la santé, la sécurité des Français, faire taire et sanctionner en silence ceux qui osent trop bien faire leur métier, c'est devenu le credo. On en a eu encore un autre exemple édifiant cet été avec l'affaire de cet agent de pôle emploi de Rennes, Yann Gaudin qui a découvert « de vraies anomalies couvertes par une chaîne de décideurs, par exemple des salaires exclus automatiquement par le système de calcul des allocations chômage ». Ou encore des informations « sur les droits des allocataires que l'on donne très peu, voire quasiment jamais aux intéressés ». En bref, un système bien huilé permettant d'exclure des demandeurs d'emploi de leurs droits. Et parce qu'en 2014, il avait informé des milliers d’intermittents du spectacle d’une aide à laquelle ils avaient droit, mais que le service public de l’emploi ne leur proposait pas, Pôle emploi a fini par le licencier le 3 juillet, là encore en dépit de la mobilisation.

La liste serait longue à dresser de ces sanctions, ces poursuites assumées par l'exécutif.

La Macronie n'aime pas ceux qui relèvent la tête et elle fait tout pour faire taire les lanceurs d'alerte. Au point d'ailleurs que la Maison des lanceurs d'alerte mise en place à l’initiative de 17 organisations, dont la CGT et son Union générale des ingénieurs, cadres et techniciens, a lancé un appel au respect du droit d’alerte en matière de violences policières. Les signataires s’inquiètent notamment du déni et de la banalisation qui entourent ces violences dans le discours de l’exécutif. « Il est temps que nos responsables politiques, avec l’appui de l’administration policière, prennent le problème à bras-le-corps et vérifient l’effectivité des dispositifs de remontée et de traitement des alertes et, le cas échéant, les mettent en place ou les consolident en urgence », affirment les organisations signataires qui déplorent un « système de contrôle de l’action des forces de l’ordre apparaît défaillant, instaurant un sentiment d’impunité des forces de l’ordre ».

 

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

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