Tous procureurs ? Mais combien de victimes ?

Une nouvelle fois, Emmanuel Macron n'a pas raté l'occasion d'insulter les Français qui selon les sondages ne seraient plus que 35 % à faire confiance à la Dream Team de la Start-up Nation pour gérer la crise sanitaire.

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Sur le campus de Saclay jeudi dernier où il était venu annoncer un « plan d'investissement national dans les technologies quantiques », il n'a pas hésité à se plaindre de la « traque incessante de l’erreur » en France, devenue « une nation de 66 millions de procureurs ». Parce que les citoyens n'auraient aucune raison de se plaindre ? Parce que depuis le début de la pandémie, nous n'avons pas dû avaler les couleuvres du manque de masques, manque de respirateurs, manque de tests et maintenant pénurie de vaccins et fermetures de dizaines de centres de vaccination la semaine dernière. La faute à pas de chance ? Parce que nous n'avons aucune raison de douter de la parole d'un ministre de la Santé qui dans la même journée annonce devant les sénateurs que « la France pourrait ne pas avoir vacciné tous les publics fragiles d’ici l’été » et qui se précipite au JT de TF1 pour nous promettre 70 millions de Français vaccinés à la fin de l'été ?

Mais que Macron se rassure, si nous sommes tous procureurs, il ne manque pas d'avocats dans les médias pour lui trouver des excuses et des circonstances atténuantes. N'a-t-on pas entendu ces derniers jours quelques chroniqueurs et éditorialistes en vue, plaider la « maladresse », la formule malheureuse ? Personne n'a encore osé plaider l'erreur de jeunesse. C'est tellement commode de ne pas voir dans les sentences présidentielles la morgue de classe d'un grand bourgeois. Tellement plus simple de ne pas mettre ces petites phrases en perspective avec sa politique et sa manière de gouverner.

Macron insulte les citoyens qui s'interrogent ou qui contestent sa politique, mais depuis le début de son mandat, il verrouille, cadenasse, empêche l'expression du corps social. Ça commence au travail où il a dépouillé les institutions représentatives du personnel de leurs moyens et prérogatives. Ça se poursuit avec les lanceurs d'alerte toujours pas protégés parce qu'il faut préserver les intérêts des entreprises. Ça continue avec la loi de sécurité globale.

La forme, c'est le fond qui remonte à la surface. Les maladresses de Macron ne sont peut-être pas calculées. Mais elles sont diablement révélatrices d'une politique de plus en plus contestée, comme le montrent les manifestations sociales et les grèves de ces dernières semaines et de ce 4 février prochain. Quelle insulte trouvera encore le chef de l'État pour dénigrer ceux qui voudront s'opposer durant ces prochains mois à la réforme des retraites ou à celle de l'assurance chômage ?

Pour laver ce crachat présidentiel, dimanche soir sur France 2, le comédien Niels Arestrup a eu ces mots prononcés sans colère, la voix navrée : « J'ai pas les moyens d'être en colère contre le virus. Je suis peut-être un petit peu plus déçu ou choqué par la façon dont on nous parle.  Je crois que les Français sont drôlement gentils depuis un bon moment. Ils font tout ce qu'on leur demande. (...) On vit beaucoup dans cette relation à l'ordre brutal. Ça y est on est reconfiné, on va retourner à l'étable... on va manger du foin et on va dormir. Et peut-être dans 15 jours ou trois semaines on va nous dire « vous pouvez aller manger un peu d'herbe dans le pré ». Il faut être gentil avec les gens qui vivent ça et qui acceptent ça. Ce ne sont pas des procureurs. Ce sont surtout des victimes. »

 

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

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