Poker menteur sur l'assurance chômage

C'était attendu, la négociation sur la réforme de l'assurance chômage ne pouvait pas se conclure sur un accord.

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Les syndicats pour une fois unanimes ont refusé de baisser les droits des chômeurs sous l'injonction du gouvernement qui dans sa lettre de cadrage réclamait aux organisations syndicales et au patronat de s'entendre pour réaliser 1,3 milliard par an d’économie sur le dos des chômeurs. Dopé à la précarité, le patronat, Medef en tête, a refusé tout au long de la négociation la proposition unanime des syndicats de mettre en place un système de modulation des cotisations patronales sur les contrats précaires.

Dans cette affaire, la responsabilité de l'échec revient autant à Emmanuel Macron qu'à Geoffroy Roux de Bézieux, le patron des patrons.

C'est maintenant au gouvernement de prendre la main sur l'assurance chômage... Et à Emmanuel Macron de faire la leçon : "On est dans un drôle de système !", a dit le chef de l'État devant les présidents de départements réunis à l'Élysée. Chaque jour dans le pays, on dit « corps intermédiaires, démocratie territoriale, démocratie sociale, laissez-nous faire ». Et quand on donne la main, on dit « mon bon monsieur, c'est dur, reprenez-la ». Toute la philosophie macronienne est contenue dans le fond et dans la forme de cette nouvelle saillie. Sa conception du dialogue social est illustrée par cette nouvelle provocation.

Chaque fois qu'il est en difficulté, Macron s'excuse d'avoir un peu négligé le dialogue avec les fameux « corps intermédiaires », mais c'est en donneur de leçons qu'il tance et réprimande les syndicats qui refusent de négocier le pistolet sur la tempe. Sa promesse de campagne d’instaurer un bonus-malus sur le recours abusif aux contrats précaires a disparu. « Macron est un menteur, en prétendant que la protection sociale n’appartient plus aux salariés, et que les syndicats sont responsables de l’échec, quand celui-ci incombe au patronat ... et à Macron lui-même! » a protesté la CGT qui l'accuse aussi d'être un « manipulateur: il a exigé une négociation impossible pour faire des économies sur le dos des chômeurs et au passage mettre la main sur la gestion de l’assurance chômage.

Le résultat possible est une exclusion de tous les contrepouvoirs dans l’assurance chômage. » Medef et exécutif ont joué une partie de poker menteur dont les seuls perdants sont in fine les salariés et les privés d'emploi. Car le risque désormais c'est de voir baisser drastiquement au 1er juillet les droits des privés d'emploi indemnisés, pour aller vers une maigre indemnisation forfaitaire et de courte durée. Une couverture sociale rabougrie, une chasse aux chômeurs de plus en plus systématique... et un patronat qui peut continuer sans crainte à user, à abuser des contrats courts. C'est inacceptable, intenable.

 

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

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