La tentation du coup de force

Plutôt que de dénoncer le recours à une procédure accélérée dans le cadre de l’examen du projet de loi sur la réforme des retraites, plusieurs député.e.s LREM enfoncent le clou pour réduire à néant le débat parlementaire.

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Dans une tribune à Ouest France ce dimanche 23 février, une quinzaine de député.e.s LREM et MoDem se disent « empêché.e.s » de débattre à cause du zèle procédurier exercé par les député.e.es des groupes parlementaires de la France Insoumise et du Parti communiste et dénoncent le « fol acharnement » des opposants au texte. Ces gens-là osent tout et ils sont aux abois...

Depuis 2017, ils ont multiplié les ersatz de dialogue social pour avancer masqués. Et les voilà maintenant pressés d'en finir avant les municipales pour sans doute s'éviter une déroute électorale qui viendrait sanctionner un exécutif en butte aux mobilisations sociales. Le risque politique n'est en effet pas mince, tant le divorce avec l'opinion est grand. Ayant perdu la bataille de l'opinion, la garde rapprochée du Président veut en finir avec ce texte dont le Conseil d'État juge la première mouture « insuffisante », « les projections financières restent lacunaires », en particulier sur la hausse de l'âge de départ à la retraite, le taux d'emploi des seniors, les dépenses d'assurance-chômage et celles liées aux minima sociaux. Une paille quoi !

D'autant que le Conseil d'État critique également le choix de recourir à 29 ordonnances. Ainsi, il souligne le fait, « pour le législateur, de s'en remettre à des ordonnances pour la définition d'éléments structurants du nouveau système de retraite ». Selon les juristes, cela « fait perdre la visibilité d'ensemble qui est nécessaire à l'appréciation des conséquences de la réforme ». Après avoir foulé aux pieds le dialogue social, E. Macron et E. Philippe veulent bâillonner la représentation nationale. Cette confiscation du débat n’appelle à cette heure aucune protestation de la part des député.e.s de la majorité présidentielle

E. Macron enferme le pays dans une impasse démocratique et les artifices qu'il déploie font long feu. Ainsi, la conférence de financement à peine commencée, son échec très probable est déjà annoncé.

La CGT qui n'en n’était pas demandeuse a d'emblée voulu y dénoncer les postulats financiers avancés par le gouvernement qui met en avant un déficit de financement du système pour justifier l'âge pivot ou l'âge d'équilibre et par la même fermer la porte à toutes mesures que le gouvernement considère comme une « hausse du coût du travail pour garantir la compétitivité de notre économie ».

Dans un contexte présentant des similarités avec la méthode employée dans le cadre de la réforme de l’assurance chômage, la CGT a fait savoir qu’elle « n’acceptera pas de discuter d’une régression sociale sans précédent pour les futur.e.s retraité.e.s et pensionné.e.s, sur la base d’un postulat de réforme budgétaire plus que contestable ». Afin de porter dans l’opinion publique l’existence de propositions alternatives permettant de répondre aux enjeux de progrès social, l’intersyndicale a fait sienne la proposition de la CGT d’organiser sa conférence de financement libérée des carcans libéraux.


Mener le débat partout, alors que les élu.e.s de la Nation en seraient privé.e.s, voilà qui a du sens !

 

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

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