Jupiter doit affronter la colère d'Esculape

En ouvrant ce lundi 25 mai le « Ségur de la Santé » Édouard Philippe et Olivier Véran espèrent faire retomber la poussée de fièvre qui reprend à l'hôpital et dans le secteur sanitaire et social.

soignants

Elle a été marquée la semaine dernière par des premières mobilisations, rassemblements et assemblées générales dans de nombreux établissements comme à Nancy, 
Saint-Étienne, Grenoble, Pont-Audemer, Lisieux, Bayeux, Bernay, Brive, au CHU de Bordeaux, à Dinan, Clermont-Ferrand ainsi que dans des Ehpad du groupe privé Korian.

Comme ils l'avaient promis, les personnels des hôpitaux ont d'abord fait face à l'urgence de soigner la population, fut-ce pour certains au péril de leur vie, et désormais reprennent le combat qu'ils -et surtout elles- ont mené durant plus d'un an avant que n'éclate la crise sanitaire.

Covid 19 n'a pas révélé la crise de l'hôpital et du système de soins et de prise en charge sanitaire et sociale, il l'a rendu intolérable aux yeux d'une opinion qui a manifesté chaque soir son soutien durant le confinement. Et ce n'est donc pas un hasard si Emmanuel Macron s'est fendu de promesses de revalorisation des carrières et d'investissement massif. Mais parce qu'ils et elles savent ce que valent ses promesses présidentielles, Jupiter doit désormais affronter la colère d'Esculape.

La communauté des soignant.es n'est pas prête à avaler la couleuvre du caducée. Outre les mobilisations qui se dérouleront tous les mardis à l'appel notamment de la CGT Santé et Action sociale jusqu'au 16 juin jour de la nouvelle mobilisation nationale unitaire, les soignant.es ont décidé de mettre la pression sur le gouvernement.

Ainsi, à la veille du Ségur de la Santé, des personnalités parmi lesquels des membres du Comité inter-hôpitaux (Antoine Pélissolo, François Salachas, André Grimaldi) ou inter-urgences (Hugo Huon), la sociologue Dominique Méda, ou encore l'ancien directeur de Santé publique France ont publié un « manifeste des soignants  » avec des propositions portant sur l'ensemble des champs de la santé publique. «  Il faut tenir, mais les combattants épuisés vont déserter si le « plan massif »que vous avez annoncé, Monsieur le Président, n'est pas à la hauteur des enjeux  », concluent les signataires de ce manifeste dans une lettre ouverte au chef de l'État. Une sorte de piqure de rappel si comme on peut le pressentir la concertation qui doit durer sept semaines déçoit et accouche d'une souris.

Comment être tout à fait optimiste quand le ministre de la Santé annonce quelques jours avant l'ouverture des travaux vouloir "revoir le cadre d'organisation du temps de travail à l'hôpital", estimant nécessaire de remettre en cause les "carcans qui empêchent ceux qui le souhaitent de travailler davantage". Faut-il qu'Olivier Véran ait une imagination fertile pour proposer d'assouplir les 35 heures en échange de hausse de salaire ? La question n'est pas de faire travailler davantage les soignants mais de leur permettre de travailler mieux.

 

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

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