5 décembre : un jour pas comme les autres

À 10 jours de la mobilisation du 5 décembre, une sorte de fébrilité s'est emparée de l'exécutif et de sa majorité. La presse de ces derniers jours fait son miel en analysant la contre-attaque du gouvernement pour éviter à la macronie de se prendre ce que les éditorialistes ont baptisé le « mur du 5 décembre ».

 

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L’inquiétude est d’autant plus justifiée que tous les mouvements sociaux de la dernière période ont pour caractéristiques d’être massifs, approuvés par l’opinion et pugnaces en dépit des annonces de saupoudrage. On en a encore eu une belle démonstration samedi dernier avec la plus forte manifestation féministe contre les violences sexistes et sexuelles. 150 000 personnes dans toute la France, dont 100 000 à Paris, énormément de jeunes. C’est une « lame de fond qui vise à transformer en profondeur la société et à remettre en cause les rapports de domination et d’exploitation qui la structurent, s’est réjouie samedi Sophie Binet pour la CGT et son collectif femmes-mixité. Une dynamique qui ne s’arrêtera pas à quelques annonces gadget du gouvernement et sur laquelle nous appuyer pour gagner la mobilisation contre la réforme des retraites. Quel rapport ? L’indépendance économique. Quand près de 40 % de femmes touchent une pension nette de moins de 900 €, comment échapper aux phénomènes d’emprise et quitter un conjoint violent ? »


Face à ces foyers de contestation qu’il ne parvient pas à éteindre, et dans la perspective du 5 décembre, Emmanuel Macron aurait annulé des déplacements à l'étranger pour rester focalisé sur ce qui s'annonce d'ores et déjà comme une journée de très grande ampleur. La mobilisation contre le projet de système universel de retraites à points s'annonce en effet massive et devrait aller bien au-delà des régimes spéciaux et le pays risque bel et bien d'être bloqué. Le gouvernement et le chef de l'État sont engagés dans une bataille de l'opinion qu'ils livrent sur plusieurs fronts en multipliant les postures.


Le déni de réalité d'abord comme on l'a vu à Amiens la semaine dernière où Emmanuel Macron n'a pas hésité à couper la parole à une étudiante qui évoquait la baisse des APL pour faire la leçon aux jeunes passablement choqués par l'immolation d'un étudiant à Lyon devant le Crous où il voulait dénoncer la précarité dans laquelle vivent des milliers d'étudiants. « On a l'impression, si on s'écoute collectivement, si on branche la radio ou qu'on allume la télé, que tout est terrible, a osé répliquer le président. (...) En ce moment notre pays est, je trouve, trop négatif sur lui-même ». Des éléments de langage martelés ensuite par Sibeth Ndiaye, invitée sur BFMTV. « Je pense qu'il est important que, dans notre pays, on voit aussi ce qui va bien et ce qui marche bien. Il y a évidemment beaucoup de souffrances, a-t-elle déclaré, mais on a aussi des nouvelles positives et ça, il faut pouvoir s'en féliciter ». Puisqu'on vous dit que ça ruisselle... enfin !


L'autre posture est plus classique, plus attendue. Il s'agit de jouer sur les divisions... opposer les travailleurs entre eux comme s'y sont employés ce week-end Richard Ferrand et Agnès Buzyn. Le premier pour affirmer que le 5 décembre est « une mobilisation pour conserver des inégalités », la seconde pour assurer que « la grève du 5 décembre sera très corporatiste ». Là encore, des éléments de langage élyséens destinés à faire le service après-vente présidentiel une fois qu’Emmanuel Macron eut affirmé que la grève du 5 décembre mobilise « avant tout » les salariés bénéficiant de régimes spéciaux « d'une autre époque », avec « des demandes catégorielles qui pénalisent le reste de la société ». « Embaucher de nouveaux jeunes dans le système historique, ça n'a plus aucun sens », a-t-il insisté.


Mais il est une autre posture très risquée dans laquelle le président et ses obligés semblent vouloir se murer : la menace. À Amiens le chef de l'État a mis en garde « tous ceux qui essaient de jouer avec les peurs » et « prennent des responsabilités au regard de la démocratie ». Un message évidemment adressé aux organisations syndicales qu'il n'hésite pas à assimiler aux casseurs. « Il n'y a pas de liberté de casser », a ainsi averti Emmanuel Macron, lors de son discours devant des étudiants. Il a donc bien une nouvelle fois l'intention de traiter les questions sociales par le sécuritaire. Justice et police, gaz lacrymogènes et LBD pour faire passer une réforme massivement rejetée par l'opinion ? Pas sûr que l'intimidation fonctionne tant la volonté de faire converger toutes les mobilisations est forte. Les appels se multiplient donc. Ainsi la CFE-CGC a appelé jeudi dernier à rejoindre la manifestation du 5 décembre pour « marquer son opposition au projet de réforme » des retraites tandis que la CFDT Cheminots a également appelé à cette journée.


Il reste dix jours pour convaincre et mobiliser. La CGT des ingénieurs cadres et techniciens s'implique avec énergie dans cette bataille de l'opinion. Elle a mis en ligne des matériels qui décryptent et battent en brèche les mensonges de cette réforme. Pour faire de ce 5 décembre « un jour pas comme les autres »

 

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

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