Réforme des retraites : Macron tire des bords face au vent

Quand on est vent de face, il faut tirer des bords. Emmanuel Macron l'a bien compris et s'il louvoie, il a bien décidé de garder le cap de la réforme des retraites.

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L'annonce par la ministre des Solidarités et de la Santé, du lancement cette semaine d'une nouvelle « concertation citoyenne » témoigne de l'embarras de l'exécutif devant les risques d'une confrontation sociale sur un sujet fondateur du pacte social. Agnès Buzyn à la manœuvre a annoncé que le gouvernement voulait attendre « les retours de nos concitoyens sur les propositions qui ont été faites » par le Haut-commissaire à la réforme des retraites le 18 juillet. Alors qu'il néglige avec constance le dialogue social avec les organisations syndicales, le chef de l'État rajoute donc une nouvelle étape dans le processus alors que Jean-Paul Delevoye avait lui-même mené une « consultation citoyenne » l'an dernier.


Avec cette tactique Emmanuel Macron montre qu'il a tiré quelques leçons de ces derniers mois. Après des mois de crise sociale des gilets jaunes et de mobilisations diverses, il a donc renoncé à réformer les retraites par une manœuvre de sidération comme il a pu le faire en début de mandat sur la réforme du Code du travail. Le calendrier avant l'adoption d'un futur texte semble devoir s'allonger « après les élections municipales, voire en septembre 2020 sur injonction du gouvernement », selon la délégation de la CGT qui a rencontré le Haut-commissaire Jean-Paul Delevoye le 24 juillet. Ce temps long, jalonné de rencontres avec les organisations syndicales permet à l'exécutif de diluer le dossier sans permettre à l'opinion et à chaque citoyen de se faire une juste idée des impacts de la réforme sur sa future retraite et de réagir en conséquence. Il permet aussi au gouvernement de maintenir ses interlocuteurs syndicaux autour de la table afin de donner l'impression d'un dialogue social nourri.

C’est justement pour désamorcer cette tactique de l’opacité et du fatalisme que l’Ugict-CGT a lancé le site reforme-retraite.info pour permettre à chacune et chacun de comprendre l’impact de la réforme et les alternatives possibles.


Pas sûr que cette stratégie fonctionne car même si pour l'heure les grandes confédérations n'ont pas encore pris date pour une première riposte unitaire, CGT, FO, FSU, Solidaires ont mis à l'ordre du jour de leur intersyndicale une plate-forme commune revendicative. Évidemment, la consultation citoyenne n'a pas d'autre fonction que de leur couper l'herbe sous le pied en occupant le terrain médiatique ces prochaines semaines. Par ailleurs des mobilisations catégorielles sont en train de voir le jour dans certaines professions couvertes par des régimes spéciaux appelés à disparaître dans la création du régime unique par points.


Confronté à des ripostes catégorielles ou corporatistes, le gouvernement peut évidemment jouer la carte des oppositions et stigmatiser de prétendus privilèges. Mais la tâche lui sera plus difficile dans un cadre interprofessionnel animé par les centrales syndicales. Le calendrier et l'ampleur de la réforme imposent en effet aux syndicats un processus long d'information, de débat avec les salariés, tout en marquant l'urgence impérieuse du rapport de forces en proposant crescendo des échéances de mobilisation.

La CGT appelle à un premier temps fort interprofessionnel le 24 septembre rejointe par Solidaires, trois jours après que FO rassemble ses militants à Paris pour un meeting. C'est un début... et si Emmanuel Macron fait tout pour s'épargner une nouvelle crise sociale, les risques que fait porter cette réforme des retraites pourront difficilement être écartés sans une confrontation.

 

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

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