PLFSS 2021 : toujours la même logique comptable à l'œuvre

Jamais sans doute depuis l'instauration du Projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) par le gouvernement Juppé en 1996, le PLFSS aura été placé sous de tels auspices en raison de la double crise sanitaire et économique.

medicament-euros

Côté dépenses, le coût de l’épidémie devrait se monter à15 milliards d’euros. Coté recettes (essentiellement des cotisations sociales salariales et patronales), la forte hausse du chômage et le maintien au chômage partiel de nombreux salariés font chuter les ressources de 27 milliards. Et encore, c'est sans compter avec les conséquences sociales des couvre-feux instaurés mi-octobre dans certaines grandes métropoles et d'autres mesures à venir.

Depuis son instauration, le PLFSS a offert aux gouvernements successifs le moyen idéal de réduire l'offre de soins, restructurer l'hôpital par un décalage chaque année vérifié entre la progression réelle des dépenses et l’enveloppe affectée aux dépenses, le fameux Ondam. Un décalage qui a provoqué l'asphyxie financière des hôpitaux, des fermetures massives de lits de services ou d'établissements et finalement l'embolisation des urgences comme des lits d'aval.

Cette fois encore, alors que nous sommes en plein rebond épidémique, la même logique bassement comptable fixe dans le PLFSS 2021 l'augmentation de l’objectif national des dépenses d'assurance maladie à 3,5 % alors que l'Ondam 2020, qui n'était que de 2,45 %, a été explosé à 7,6 % en raison des 15 milliards d'euros de dépenses supplémentaires liées à la pandémie. Comme si le gouvernement Castex n'avait tiré aucune leçon de la crise sanitaire, rien dans le projet débattu en ce moment n'est prévu pour l’embauche massive et urgente de personnels absolument indispensables pour répondre aux besoins et améliorer les conditions de travail des professionnels de santé.

« La Sécurité sociale subira de façon pérenne des déficits élevés, sans doute de plus de 20 milliards d’euros ces prochaines années », a prévenu Olivier Dussopt, le ministre délégué chargé des Comptes publics. Et pour y faire face, l'exécutif prévoit encore 4 milliards d’euros d’économies sur les dépenses de santé, soit le même niveau que ces dernières années. C'est toujours cette même logique à l’origine de l’incapacité de notre système de santé à faire face à la crise qui continue et va se poursuivre dans les mois et les années suivantes. La perpétuation du monde d'hier est encore plus évidente avec la mise en place d'un nouveau « forfait urgence ». Il s'agit d’une « participation », au «montant forfaitaire » pour chaque passage aux urgences dès lors que celui-ci ne serait pas suivi d'une hospitalisation, ce qui est le cas pour 80% des passages aux urgences.

« C’est inacceptable, les usagers ne peuvent pas être rendus responsables du manque de médecins de ville », déclare la CGT, qui invite à signer une pétition pour que cette disposition soit retirée du PLFSS 2021. La CGT propose au contraire la création de Centres de santé pluridisciplinaires (médecins généralistes et spécialistes, infirmiers, radiologues ...) dans le cadre du service public.

 

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.