Mobilisations sociales: que chacun.e entre dans la danse

La présentation du projet de réforme des retraites en Conseil des ministres vendredi 24 janvier n'a pas eu l'effet démobilisateur.

manif


Elle n'a pas calmé les manifestant.e.s ni découragé les grévistes qui depuis deux semaines redoublent d'imagination pour tenir dans la durée, pour rallier celles et ceux qui ne se sont pas encore senti.e.s le droit ou la possibilité de se mettre en grève. Partout en France, dans les plus petites villes comme dans les métropoles régionales on manifeste à la lueur des lanternes et des flambeaux, on débat, on se réunit, on interpelle les élus. De nouveaux secteurs professionnels entrent en action avec des modalités parfois spectaculaires et médiatiques, preuve que la réforme ne concerne pas que les prétendus privilèges des cheminots ou des agents de la RATP.

Le mousseux tiède des cérémonies de vœux des élus de la majorité vire à l'aigre lorsque les grévistes scandent leur refus. Bref, la team Macron n'en finit plus de payer un prix politique fort pour son entêtement. Et les éditorialistes qui prédisaient depuis des semaines l'essoufflement du mouvement doivent aujourd'hui reconnaître que Macron et Philippe ont perdu la bataille de l'opinion. Sept Français sur dix estiment que la mobilisation va se poursuivre. La popularité d'Emmanuel Macron baisse d'un point, celle d'Edouard Philippe perd trois points et le soutien des Français à la mobilisation contre la réforme des retraites reste élevé à 60 %. Mieux encore, un récent sondage nous apprenait que seuls 14 % des Français soutenaient la politique d'Emmanuel Macron. Tiens donc ? 14 % seulement ?

Mais c'est tout à fait logique, car c'est exactement le score réalisé par le candidat Macron au premier tour la présidentielle si on le rapporte non pas aux exprimés, mais aux inscrits. Elu par défaut au second tour contre la fille Le Pen, Macron peut-il vraiment se draper dans les oripeaux de sa légitimité électorale pour imposer une réforme aussi mal acceptée, mal comprise, combattue par le plus long conflit social qu'ait connu notre pays depuis des décennies ? A l'évidence, la réponse est non.

Mais le pire de tout cela, c'est que conscient de l'illégitimité de cette réforme, Macron entend en faire passer les dispositions les plus controversées par ordonnances. « Les parlementaires seront donc sommés de voter un texte à trous », proteste la CGT des ingénieurs, cadres et techniciens dans une adresse aux cadres et professions intermédiaires. On ne compte pas moins de 29 de ces trous. Et le Conseil d'Etat a lui-même estimé lacunaires les études d'impact de cette réforme. « Aucune étude d’impact sérieuse, pas de trajectoire financière et encore moins de simulations individuelles, alors que les « concertations » avec les organisations syndicales durent depuis 2 ans » insiste l'Ugict-CGT. Les Français sentent bien qu'on leur cache quelque chose et que les promesses macronistes ne sont que de la com'. Cette réforme n'est autre qu'une prise en main « technocratique de nos retraites. Le projet de loi met en place un pilotage automatique : alors qu’aujourd’hui, pour modifier un paramètre (reporter l’âge de départ, allonger les annuités, désindexer les pensions…) il faut faire voter une loi, demain, il n’y aurait plus besoin de réforme », soulignent les cadres CGT.

Dans cette nouvelle séquence ouverte par l'examen du texte, il va maintenant falloir mettre chaque parlementaire en face de ses responsabilités et exiger qu’ils ne votent pas ce texte de régression sociale. L’intersyndicale nationale (CGC – CGT – FO – FSU – Solidaires et les organisations de jeunesse) va continuer d’appeler à des temps forts de grève et de manifestation pour lesquels il nous faudra être les plus nombreux possible. Nous pouvons gagner un à un les soutiens actifs et la participation à ces mobilisations.

 

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

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