Éducation : la reprise... mais à quel prix ?

Depuis le début de la crise sanitaire, les travailleurs sont soumis à une injonction paradoxale « Restez chez vous versus revenez travailler. » Mais depuis la dernière allocution de Jupiter et les interventions du gouvernement, il est devenu clair que la reprise des activités est devenue la priorité et le discours sanitaire est plus que jamais inaudible.

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À ce titre d'ailleurs l'annonce de la rentrée scolaire est édifiante. L'alibi du creusement des inégalités entre les élèves à cause du confinement apparaît comme une vaste hypocrisie et personne ne se fait d'illusion. Il s'agit bel et bien de ne pas entraver le retour des salarié.es au travail. N'en déplaise au fameux conseil scientifique qui préconisait que les crèches et établissements scolaires restent fermés jusqu’en septembre. N'en déplaise aux enseignants qui s'inquiètent légitimement des conditions dans lesquelles cette reprise se prépare.

Les syndicats de l'Éducation nationale qui ont été reçus par leur ministre ont découvert que Jean-Michel Blanquer n'avait pas de plan. « Il nous a dit : “nous devons reprendre le 11, j'écoute vos propositions”, témoigne ainsi Marie Buisson, secrétaire générale de la Ferc-CGT qui estime dans un article publié sur nvo.fr qu'il y a « un reversement des responsabilités vraiment inique ». La syndicaliste indique cependant que « personne n'est fondamentalement opposé à reprendre ». Mais à quel prix ? Et pour faire quoi ? « On ne veut pas être l'outil de relance de l'économie, au détriment de la santé de tous et toutes. Notre mission, c'est d'enseigner, pas de faire garderie. C'est de nouveau une négation de notre mission », s'insurge la secrétaire générale de la Ferc-CGT. Ce sentiment de servir avant tout les intérêts des entreprises qui réclament le retour des parents, on peut le comprendre alors que dans le même discours présidentiel annonçant la rentrée, Macron maintient fermés les cafés, restaurants, lieux de culture qui ne sont pas plus des lieux à risque que les bancs de l'école, les cours de récré et les tables de la cantine.


Enseignants, parents d'élèves, élus locaux ont quelques raisons de douter et d'être exigeants sur les conditions matérielles et humaines de cette rentrée. Quid en effet des classes surchargées qui ne permettront pas la distanciation requise ? Quid des fameux masques dont la pénurie persistante relève du scandale d'État ? Quid des personnels techniques, des Atsem, ces personnels invisibles mais sur qui il va falloir compter pour assurer la décontamination, accueillir, restaurer... ? Et quid aussi des recommandations du conseil scientifique qui précise que « le port de masque doit être obligatoire » pour les collégiens et les lycéens, mais qui le considère comme « impossible » en maternelle et adaptable en fonction de l'âge en primaire ?

Dans un courrier à Jean-Michel Blanquer, sept syndicats de l'Éducation nationale auxquels se sont joints la FCPE, la FIDL, l'UNL et le MNL ont d'ores et déjà posé une série de conditions sine qua non à la reprise. C'est un arc syndical suffisamment large et unitaire pour que le ministre ne se contente pas d'effets d'annonce. La communauté éducative, les personnels au premier chef, n'ont aucune raison d'être sereins avec leur ministre auteur de la loi sur l'École de la confiance et qui n'a su depuis des mois que susciter leur défiance.

 

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

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