Inspecteurs du travail... mis au pas par leur ministre

La DRH Pénicaud s’exprime en lieu et place de la ministre du Travail pour discréditer les inspecteurs du travail

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L'usage massif du droit de retrait par les cheminots, suite à l'accident de TER dans les Ardennes, a mis en lumière au moins deux données importantes. D'abord l'extrême inflammabilité sociale de l'entreprise ferroviaire dans un contexte de dérèglementation sociale et de réduction des moyens alloués au fonctionnement du service public ferroviaire en vue de la filialisation et de la privatisation de ce dernier. Ensuite le mépris  acharné de ce gouvernement pour tout ce qui peut encore permettre aux travailleurs de protéger leur santé physique et/ou psychologique des conséquences des politiques d’austérité.

Dans ce cas précis, la sécurité des usagers était aussi soulevée. En effet, cet usage du droit de retrait en cas de danger grave et imminent -hélas maintes fois avéré et dénoncé par les cheminots et leurs syndicats- a été qualifié de « grève illégitime » par certains membres du gouvernement avec une arrière-pensée non exprimée mais compris de tous. À l’heure où de nombreuses professions sont mobilisées face à l’obstination du gouvernement de privilégier les attentes de quelques gros actionnaires au détriment de la population, toutes les basses manœuvres pour délégitimer la moindre opinion contradictoire, sont utilisées.

C’est ainsi que, Muriel Pénicaud a publiquement « flingué » sur France Inter les inspecteurs du travail qui avaient osé mettre en garde la SNCF sur le fait que ce droit de retrait était légitime et informé la direction de la SNCF sur les incidences d’une entrave au droit de retrait qui est un délit punissable d’une amende de 10 000 euros multipliée par le nombre de salariés concernés. L'ancienne directrice des ressources humaines de Danone entre 2012 et 2014, devenue ministre du Travail d’E.Macron, a ainsi déclaré sur France Inter : «La Direction générale du travail, qui est l’autorité administrative en France, que j’ai interrogée, ne partage pas ces conclusions. Et moi non plus», a tranché Muriel Pénicaud. Celle qui devrait être la garante de l'indépendance de ses fonctionnaires s'est donc permis de les discréditer. Peut-on imaginer pire signal adressé au patronat qui ne cesse de se plaindre d’une législation du travail encore trop contraignante et que seule l’irruption inopinée des inspecteurs du travail peut encore ramener aux respects de la législation et des salariés ?

Par ces propos, Muriel Pénicaud légitime les menaces, les insultes, les actions judiciaires, voire même les violences dont certains inspecteurs du travail font ou ont fait l'objet dans l’exercice de leur fonction. En désavouant publiquement la parole de ses services, la ministre a voulu leur signifier la conception jupitérienne d'une fonction publique aux ordres des contraintes du marché et qui ne doit surtout pas déplaire. Cela quelques mois après l’adoption de la loi de transformation de la fonction publique qui fait des trois versants de la fonction publique des outils non plus au service de l’intérêt général, mais de l’intérêt politicien.

Dans ce nouveau paradigme, nous avions pu constater jusqu’où le bât blesse avec ce procureur de la République qui avait, parce qu'il n'a pas voulu fâcher le président, mis hors de cause les forces de l'ordre après une charge violente dans laquelle une militante d'Attac septuagénaire, Geneviève Legay, avait été blessée à Nice lors d'une manifestation des gilets jaunes.

Par ses propos, la ministre du Travail a laissé entendre que «les observations de l’inspection du travail ne s’imposent pas aux employeurs» a réagi la CGT du ministère du Travail. Mais pour les syndicats de cette administration, les propos de Muriel Pénicaud ne peuvent être une surprise car ces derniers ont mené au printemps dernier des mobilisations unitaires très bien suivies contre le démantèlement et la paupérisation de leurs services. Muriel Pénicaud n'a donc pas dérapé à l'antenne de France Inter. Elle a oublié qu’elle était ministre et a exprimé naturellement son mépris pour l’intérêt général !

 

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

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