Ehpad : un mouvement exemplaire

C'est vraiment un événement inédit qui va se dérouler ce mardi 30 janvier avec l'appel à la grève dans les Etablissements Hospitaliers pour Personnes âgées Dépendantes (EHPAD).

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D'abord parce qu'il est lancé par sept organisations syndicales soutenu par une association de directeurs d'établissements qui se sont rassemblées depuis des mois pour interpeller les pouvoirs publics sur la situation de maltraitance dont souffrent les résidents et les personnels et réclamer des moyens humains et la reconnaissance. Ce mouvement qui concerne essentiellement les infirmières et infirmiers ou les aides-soignant-es concerne également les cadres et médecins. Mais c'est aussi un conflit de femmes car pour l'essentiel, ce sont des femmes qui s'acquittent de ces métiers difficiles et douloureux du « prendre soin ».

Ce conflit met en lumière, s'il en était encore besoin, que le gouvernement Macron gouverne comme ses prédécesseurs. En effet, il aura fallu cinq mois, cet appel à la grève et une demande d'audience au chef de l'État, pour que la ministre annonce sans même attendre de recevoir les organisations syndicales une rallonge de 50 millions d'euros.
Hélas madame Buzyn est loin du compte et si elle s'est offert un « coup de com » en croyant éteindre le feu avec une tasse d'eau tiède, elle n'a pas calmé les esprits. Pire, les organisations syndicales qui ont tenu une conférence de presse jeudi 25 janvier ont montré plus que de l'irritation d'être ainsi traitées avec tant de condescendance et de mépris. Hélas, comme si elle n'avait vraiment rien compris à ce qui se joue, la ministre de la Santé a cru intelligent de dénoncer « une forme d'Ehpad bashing dans la presse, qui pointe des dysfonctionnements. (...) Les familles sont inquiètes, je veux les rassurer ». Faut-il que ce gouvernement ait du mépris pour les organisations syndicales, comme pour la presse...

En tous cas, ces propos et cette aumône de 50 millions d'euros attestent de la fébrilité de l'exécutif qui commence à accumuler les conflits ou les sujets de conflits. Le 13 septembre 2017, une commission parlementaire rendait un rapport sur l’état des lieux des conditions de travail des salariées et de vie des résidents, et l’a intitulé : «la France ne fait pas son devoir auprès des personnes âgées ».
Depuis, les organisations syndicales et notamment les fédérations CGT de la Santé-Action sociale et des Services publics ont multiplié les contacts et construit patiemment la convergence de nombreux conflits qui ont frappé les Ehpad depuis ces derniers mois. Interrogé par le Parisien sur ce mouvement le secrétaire général de la CGT en explique ainsi la construction : la CGT a « fait monter la mayonnaise » depuis « un an », avec « des mobilisations, maison de retraite par maison de retraite, sur des questions concrètes d'emploi, de conditions de travail », explique-t-il. « Maintenant, on est en capacité d'organiser une journée d'action de l'ensemble » et « je peux vous assurer qu'il y aura du monde », prédit-il.

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

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