Le jour d'après

La crise sanitaire que nous traversons laissera des traces. Ce séisme aura notamment une réplique économique et sociale qui s'annonce très forte. Elle a d'ailleurs déjà commencé avec l'arrêt ou la mise en pause de l'économie réelle.

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Dès les premières heures, cette crise avait révélé l'incapacité de nos pays -et on le voit chaque jour en France- bloqués sur des logiciels néolibéraux à y apporter des réponses pertinentes, rapides. « Cette crise est l'étincelle sur un baril de poudre » ont écrit dans une tribune le 27 mars 18 responsables d'organisations syndicales, associatives et environnementales parmi lesquels Philippe Martinez pour la CGT. Des organisations qui comme Attac, Greenpeace ou Oxfam, la FSU, la Confédération paysanne, Solidaires n'ont pas attendu le Covid-19 et son cortège de malheurs pour pointer les urgences économiques et sociales. Et si leurs dirigeants prennent encore la plume, c'est qu'ils et elles ne sauraient se satisfaire des appels du chef de l'Etat à des « décisions de rupture » ou à placer « des services (…) en dehors des lois du marché ». Qui pourrait croire que la crise sanitaire annonce un « reset » complet du logiciel macroniste ? Qui serait assez naïf pour croire qu’E. Macron et sa team sont passés subitement, par une conversion soudaine, de l'encensement des « premiers de cordées » à la reconnaissance des « premiers de corvées » ? Ces invisibles, pas forcément non qualifiés, bien au contraire, si souvent des femmes qui font tourner le pays en première ligne de l'épidémie. Ils nous parlent aujourd'hui des invisibles, mais ce qui est invisible à leurs yeux c'est le travail, le sens que nous lui donnons, son utilité sociale.

Celui qui pointait il y a quelques mois encore ceux que l'on croise dans les gares et « qui ne sont rien », n'a rien changé... sauf les mots. Pour preuve, alors que notre système de recherche est rudement mis à l'épreuve par cette épidémie, son budget reste désespérément en dessous des 1 % du PIB qui est pourtant un objectif affiché, mais toujours repoussé depuis 20 ans. Au mieux il serait atteint en 2030, alors « que la recherche souffre d’une précarisation galopante de ses emplois, d’une perte de repères de ses équipes sur le sens de leur travail, d’un sous-dimensionnement permanent de ses moyens humains et financiers » vient de dénoncer la CGT dans un communiqué. Empruntant au discours de chef de guerre de son patron, la ministre de la Recherche, propose un « réarmement de notre Recherche qui paie les conséquences d'un sous-investissement chronique ». Mais ce réinvestissement « présenté comme massif s’inscrit de nouveau dans des choix stratégiques qui ont déjà fait la preuve de leur inefficacité », déplore la CGT. C'est que loin des promesses qu'il fait lors de ses allocutions répétées, le gouvernement va maintenir à 0,85 % du PIB la part de la Recherche. Dans ce domaine-là, E. Macron a la possibilité de donner le premier signe tangible que quelque chose doit changer, tant il est vrai que c'est grâce aux chercheurs que se prépare le jour d'après.

Une chose est certaine, le jour d'après ne sera pas attentiste et béatement confiant. Il faudra qu'avec les jours suivants, il soit revendicatif.

 

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

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