Personnel de nettoyage des hôtels: en lutte sur le long terme

C'est un bras de fer sur le long terme que le personnel de nettoyage a engagé avec les directions des hôtels de luxe. Elle a d'abord porté sur le statut de ces salariées (souvent des femmes d'origine africaine), puis sur les conditions de travail et enfin, sur les salaires.

1er Février 2017 : Femmes de chambre, échec à la sous-traitance

Les entreprises de sous-traitance, négriers des temps modernes. Nous en avons un parfait exemple avec les agences de nettoyage, qui sévissent dans les hôtels et proposent un service de nettoyage des chambres effectué par des salariées ne faisant pas partie du personnel hôtelier. Ces salariées, dépendant d’un employeur externe, sont généralement d’origine africaine, ayant peu d’instruction, parfois en situation irrégulière, ce que l’employeur met à profit pour les rendre taillables et corvéables à merci, pour des salaires misérables.

C’est de cette cause dont Claude Lévy, syndicaliste engagé, s’est emparé très tôt. Son combat, il le résume lui-même ainsi : « Quand j’ai tenu mes permanences juridiques, j’ai eu mon second choc avec le monde du travail. Je recevais des salariés du nettoyage exploités, qui avaient des horaires impossibles, recevaient des sanctions pour un oui ou un non. Comme beaucoup étaient des immigrés illettrés, le patron leur faisait signer n’importe quoi, par exemple une lettre de démission en leur disant qu’il s’agissait d’un avenant à leur contrat de travail. J’ai été révolté de voir qu’il existait des syndicalistes corrompus qui permettaient aux patrons de continuer cette politique. »

Donc, c’est non seulement contre le patronat de ces entreprises négrières que se bat le syndicaliste,mais également contre des protagonistes appartenant à son propre syndicat, risquant même l’exclusion de la CGT. Mais, en septembre 2012, son opiniâtreté finit par payer, à l’occasion de la grève des personnels de nettoyage détachés dans les hôtels Première Classe et Campanile du groupe Louvres Hôtels. Les grévistes, encadrés par la CGT, obtiennent l’intégration au personnel hôtelier, avec, en corollaire, l’arrêt du paiement à la chambre – pratique illégale des sous-traitants - contre la rémunération à l’heure, ainsi que l’augmentation des salaires et des bases horaires qui passent de 85 heures à 104 heures. Les salariées concernées obtiennent également un treizième mois.

Non seulement il s’agit d’un succès exemplaire, mais celui-ci va être contagieux. Louvres Hôtels va signer une charte de la sous-traitance , visant à obliger celle-ci à « respecter certaines règles pour améliorer les conditions de travail de leurs salariés ». Cette charte s’impose aujourd’hui à l’ensemble des hôtels du groupe, mais Claude Lévy se bat encore pour que le régime du 13eme mois soit le même partout. Mais, surtout, le mouvement fait tâche d’huile en dehors même du groupe Louvres Hôtel, avec les mêmes revendications, aux hôtels Hyatt de la place Vendôme et Massalia de Marseille.

Le succès n’est pas toujours au rendez-vous, mais la dynamique est créée : cinq nouveaux hôtels du groupe Louvres Hôtels internalisent leurs femmes de chambre au 1er Janvier 2015. Après une grève de 28 jours, c’est au tour du Campanile Tour Eiffel de faire de même (mars2016), avant le Campanile Bobigny devant lequel un rassemblement festif et victorieux s’est tenu ce premier Février 2017 .

La charte imposée par Louvres Hôtel aux sous-traitants en a dissuadé plus d’un, leur commerce d’esclaves, à base de travail dissimulé et de délit de marchandage, n’étant plus assez juteux à leurs yeux. Ce qui est encourageant et consolide le succès de ce mouvement d’émancipation, c’est le renforcement des mesures prises par Louvre Hôtel pour diminuer la pénibilité du travail pour cette catégorie de salariées. Félicitations aux salariées et à Claude Lévy qui ont créé une dynamique qui commence à donner des résultats concrets.

 

26 septembre 2018 : À l'appel de la CGT, les salariés des hôtels parisiens descendent dans la rue

Place Vendôme, rue de la Paix, place de la Madeleine, si ces noms évoquent pour beaucoup le chic et le luxe, c'est une tout autre histoire pour les salariés des grands hôtels de ces quartiers de la capitale… L'appel à la grève lancé par l'US-CGT du Commerce, de la distribution et des services et la CGT-Hôtels de prestige et économiques (HPE) à l'attention des personnels de trois établissements hôteliers des beaux quartiers parisiens a manifestement été bien entendu. Portiers, femmes de ménage, commis de salle, équipiers, réceptionnistes et autres salariés, ils étaient près de 200 à battre le pavé ce mardi midi pour dénoncer leurs conditions de travail. À l'hôtel de Vendôme tout d'abord. Ce « cinq étoiles » de luxe — comptez plus de 2 600 euros pour la suite présidentielle, petit déjeuner compris — appartient au groupe suisse Chopard. Après l'annonce par la direction, en mai dernier, de gros travaux de rénovation pour une durée de deux ans, c'est tout le personnel, soit une cinquantaine de personnes, qui est menacée de licenciements. « L'idée, c'est de mettre tout le monde dehors », explique Didier Del Rey, de l'US CGT Commerce. « De licencier pour motif économique, mais sans préciser de plan de sauvegarde de l'emploi comme cela a pu se faire lorsque d'autres grands hôtels comme le Crillon ou le Ritz ont dû fermer pour cause de travaux. » En résumé, laisser Pôle Emploi gérer la question. Difficile à avaler pour le personnel et leurs représentants qui, pour certains depuis plus de vingt ans, se battent pour assurer un service de qualité. Le service justement, c'est le point noir pour les salariés du Park Hyatt Madeleine et du Park Hyatt Paris Vendôme, deux établissements de la chaine américaine Hyatt Hotels Corporation. « Les actionnaires en veulent toujours plus et il est maintenant question de revoir les accords
d'entreprises », précise Didier Del Rey, qui s'attend à devoir batailler ferme pour protéger les acquis.

Malaise dans la profession
À ce combat des employés s'est joint celui des femmes de ménage, lesquelles, employées par une société extérieure, la STN, demandent leur « internalisation » afin d'être intégrées sur les listes du personnel. Ce qui les mettrait sur un pied d'égalité avec les autres salariés, notamment en
termes de droits syndicaux. Cela assurerait aussi à ces femmes une stabilité de l'emploi et mettrait fin à une précarité justifiée par une clause de
mobilité qui les laisse à la merci du bon vouloir de la STN.

« Cette manif témoigne du mal-être qui règne dans la profession », prévient Didier, qui rappelle qu'« il manque 100 000 personnes dans les
HCR [hôtels, cafés, restaurants, NDLR] ». Avec une grande question, aujourd'hui sans réponse : « Comment attirer des jeunes quand 60 % des
salariés ne gagnent que le Smic et qu'il faut travailler le dimanche, en horaires décalés, la nuit, que les heures supplémentaires ne sont pas toujours payées… ? » Leur dire de traverser la rue ne suffira pas comme argument…

 

24 Juin 2019 : victoire des femmes de chambre des hôtels Campanile et première classe à Suresnes

La CGT Hôtels de prestige et économiques (CGT-HPE) a annoncé ce matin la fin du conflit qui oppose depuis 32 jours des salariés des hôtels Campanile et Première classe de Suresnes au groupe Louvre hôtels, propriétaire des deux établissements. Un accord a été paraphé vendredi 21 juin entre la direction des hôtels et les représentants des grévistes. La lutte d’une vingtaine de femmes de chambre, lingères et plongeurs, a obtenu des augmentations de salaire et de qualification.

Ainsi, les salariés à temps partiel voient leurs nombres d’heures hebdomadaires ou mensuelles augmenter pour atteindre ou se rapprocher de temps pleins. Avec des gains allant de 250 à 500 € pour celles bénéficiant en même temps d’une montée en grade. L’augmentation des qualifications permet par ailleurs aux salariés déjà à temps plein des hausses de salaire comprises entre 50 et 150 €, selon la CGT-HPE. Autre gain consécutif à ces 32 jours de grève : l’embauche en CDI, d’ici mars 2020, de deux femmes de chambre jusqu’ici en CDD.

Pour fêter leur victoire, les grévistes des deux hôtels organisent un « repas de solidarité entre tous les secteurs en lutte » le jeudi 27 juin à partir de 17 h 30 devant les deux établissements à Suresnes.

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