Cimetière

On sent au cimetière l'omniprésence de la mort dans le décor de la vie.

Ainsi la vie qui jaillit dans tous les pores de la terre, graines, plantes, arbres, la vie engoncée dans la lumière du soleil, la vie portée par les rafales de ses brûlures. Et pourtant enfouis dans cette même terre, à l'ombre de toutes les incandescences, des corps par milliers, des corps qui ont vécu, qui portent tous les stigmates et les grâces de ce même parcours qui nous mène du premier au dernier souffle. Nous voilà réunis, dans un unique lieu de dévoiement de tout ce que nous sommes, de nos prétentions, de notre ego surtout. Mais la vie ne s'arrête pas pour autant. La mort la rend plus ample et plus forte. Il n'est pas de vie sans la mort. Et la mort est inscrite dans la genèse de la vie. Il faut souvent se rendre au cimetière. On y communie avec l'exaltation de la révolte, car qu'est-ce que la vie sinon un défi lancé à la mort mais on communie aussi avec cette mort qui nous apaise et qui est le Rappel à une nécessaire humilité. Nous ne sommes, au bout du compte, rien, des os, dans un corps oublieux, dont la demeure est un tombeau mais nous sommes tous, des étincelles embrasées par cette conscience sans laquelle le monde ne saurait être, conscience qui fabrique la matière de notre transcendance et conscience qui s'achèvera dans Sa lumière. Il faut vivre et mourir. Mourir et vivre. Au creux de Sa présence notre absence. Et au creux de Son absence, notre présence. Le cimetière est la chair de ce souvenir, la métaphore de notre quête paradoxale.

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