Umar Timol
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Billet de blog 9 juin 2022

S’engouffrer dans ses mots.

J’ai acheté récemment quelques exemplaires de mes ouvrages afin de les vendre lors du salon du livre de Trou d’eau douce ( Ile Maurice ), qui aura lieu au mois d’octobre. J’ai une relation plus que complexe avec ce travail littéraire effectué durant ces quinze dernières années.

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Ces livres, en tout sept, quatre recueils de poésie, deux romans et un recueil d’aphorismes relèvent, dans un sens, du miracle. J’ai toujours été fasciné par l’écriture, qui est, à mes yeux, une conjuration mystique réservée à des élus. Certains, après avoir écrit quelques lignes ou publié un livre se déclarent écrivain. C’est soit de l’inconscience, soit de la vanité, soit du génie. Qui lit, qui sait le pouvoir des mots, qui a scruté le travail des grands écrivains sait que c’est un titre qui se mérite. J’ai donc commencé à écrire avec le sentiment tenace de l’impossibilité d’écrire. Tout le monde ou presque peut bien sûr agencer des mots sur une page mais l’écriture, la vraie, est le souffle d’une genèse qui vient de l’ailleurs. Comment écrire donc, puisque les mots vous échappent ? Puisque c’est un devoir de l’inaccessible. Puisque chaque mot vaut son pesant d’or. Et je l’ai fait pourtant. J’ai foncé tête baissée, écrivant, publiant, puisant dans cette énergie où créativité et désespoir se mêlent, ainsi toujours écrire, repousser ses limites, en soi et hors de soi. Et ce cheminement chaotique a été une grâce. Véritablement. Et j’éprouve une gratitude pour cela, je me demande ce qu’aurait été ma vie sans les mots, ils ont ouvert la porte au dialogue avec l’autre, m’ont accordé la possibilité de voyager dans de nombreux pays, de travailler sur divers projets, parmi le théâtre et la photographie, d’accéder à une certaine reconnaissance qui est loin d’être essentielle mais qui fait chaud au cœur. Mais cette grâce est hantée par le doute. Que valent ces livres publiés ? Que sont mes mots face à l'exigence de la perfection ? J’ai ainsi beaucoup de mal à me lire, à vrai dire, je ne me relis pratiquement jamais car les imperfections me sautent aux yeux. Et je réalise aussi que je ne suis plus tout à fait la même personne qui a écrit ces livres, ma sensibilité a évolué, mon regard sur le monde a considérablement changé, ces livres sont les reliques d’un être que je ne renie pas mais qui est, par certains aspects du moins, aux antipodes de ce que je suis maintenant. Donc fierté et doute. Sentiment du miraculeux et de la défaite. Désir de continuer d’écrire et désir de cesser d’écrire.

Mais je n’arrêterai pas car cette quête, au-delà de toutes les apparences, des motivations sombres et lumineuses, est celle du sens, ainsi parvenir par l’entremise des mots et depuis peu de la lumière au sens des choses, parvenir parfois, lorsque la grâce vous saisit, à créer cette oeuvre qui vous transcende, qui indique la permanence éphémère du sens. Cette quête illusoire, car c’est ce qu’elle est, le sens est ailleurs, est la raison d’être du travail de la création.

J’habite ainsi dans la demeure des mots et des livres, elle ne m’appartient pas, j’y suis exilée, j’y souffre, mais c’est ma seule demeure, hors d’elle, je ne peux être, je ne suis plus. 

Umar Timol.

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