Le prince est mort ! Vive le prince !

C'est avec une peine immense et peut-être même incommensurable sinon infinie que nous apprenons la mort du Prince Philip.

Nous pleurons et ne cessons de pleurer toutes les larmes de notre corps ( et de notre âme ). Cette émotion est légitime et nécessaire. Elle est celle de tout un peuple, les anglais, et elle devrait être celle du monde entier, de tous les individus qui foulent cette terre. En effet, un membre de la famille royale est mort. Vous avez bien entendu. Ouvrez vos oreilles, de grâce. Un membre de la famille royale est mort ! La royauté, il est utile de le rappeler, est construite autour d'un concept absurde et rétrograde d'hiérarchie. Ainsi certains, puisqu'ils ont du sang bleu, sont destinés à régner alors que les autres, c'est à dire vous et moi et à peu près tous les êtres humains, sont condamnés à une vie misérable. Rien ( est-ce que vous avez vu les têtes de certains membres de la famille royale ? ), ne les distingue du commun des mortels mais ils sont des nobles alors que nous ne sommes rien. Vous habitez dans un minuscule appartement qui vous a coûté la peau d'un endroit que la pudeur nous oblige à taire alors les nobles habitent dans des châteaux. Ils sont milliardaires alors que vous avez juste assez d'argent pour survivre. Ils ne travaillent pas ou à peine alors que vous vous démenez comme une bête pour gagner quelques sous. On considère qu'ils sont des stars alors que vous êtes moins connu que le chat de votre voisin. Qu'ont-ils fait pour mériter de tels privilèges ? Rien, strictement rien. Ils sont nés supérieurs alors que vous êtes né inférieur. Mais le prince Philip est mort et il faut pleurer sa mort. Pleurons donc de toutes nos forces. N'oublions pas, parmi les autres exploits, et ils sont nombreux, de la famille royale anglaise, qu'elle était complice de la pire entreprise de destruction, de spoliation dans l'histoire humaine, la colonisation. Et mieux encore. L'ancêtre lointain de la reine, Elizabeth I, a joué un rôle essentiel dans l’établissement de la traite des esclaves. Le prince Philip était lui-meme connu pour ses blagues racistes. Mais c'est de l'humour, chers amis, il nous faut, de temps en temps, une bonne dose de 'british humour'. Et on ne peut donc s'empêcher de les admirer. Ils nous ont colonisés et on s'accroupit à leurs pieds. Merci, ô maîtres vénérés, de nous avoir appris les bonnes manières, la culture, la civilisation, l'infantilisation, l'anglais, à utiliser un couteau et une fourchette et la soumission consentie. Nous présentons nos plus vives sympathies à la famille royale. Nous ferons le deuil pendant au moins un mois. Qu'est désormais notre vie sans la royauté ? Qu'est désormais notre vie sans le Prince Philip ? On a bien sûr d'autres raisons de pleurer, les millions d'enfants qui crèvent tous les ans sur l'autel du capitalisme, les guerres insensées, la montée du racisme, toutes choses qui sont imbriquées, à divers degrés, dans un projet de domination, dont la monarchie est un des exemples les plus flagrants. Mais nous connaissons nos priorités. Le prince Philip est mort. Il n'y a rien de plus urgent. Pleurons cette relique de l'empire. Pleurons, chers amis.

Umar Timol

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