Les apocalypses du pouvoir - ce que les puissants veulent

Peut-être que êtes naïf, que vous croyez que les hommes sont essentiellement bons et il vous est donné l'occasion d'y croire, les exemples de générosité ne manquent pas après tout, peut-être que vous estimez que l'ombre est à la lisière de l'être,

qu'elle est fugace, qu'elle ne subsiste jamais longtemps, peut-être que vous ne pouvez envisager le machiavélisme et la cruauté, peut-être que vous en savez quelque chose mais que vous préférez occulter ce savoir, cela vous autorise des nuits douces et que réclame-t'on sinon un sommeil apaisé. Ou peut-être que vous subissez directement leur violence, qu'elle enfonce ses crocs dans votre chair, dans votre cervelle, qu'elle vous lacère, et que vous luttez même si vous ne voulez pas lutter. Ou peut-être que vous oblitérez votre conscience et que vous êtes au service des puissants, que vous leur êtes utile. Peut-être que vous êtes leur animal de compagnie. Leur chien.

Qu'importe au bout du compte ce que vous êtes. Obstacle à leur puissance ou outil de leur puissance.

Cela ne changera rien à ce qu'ils sont, à ce qu'ils veulent.

Ils sont les créatures de ce monde, nous le sommes tous, mais ils y sont enracinés radicalement selon les logiques de la possession. Toujours plus. Amasser, ils ont des milliards mais cela ne leur suffit pas. Dominer, tout leur appartient ou presque mais cela ne leur suffit pas. Vouloir, posséder, s'emparer sans cesse du monde, une orgie perpétuelle que rien, ni personne ne parvient à défaire ou à satisfaire. A l'horizon de ces vies il n'y a pas la mort mais son déni par le truchement d'un réel engorgé de matière. Ils sont les forcenés de leur chair, de leur moi, de leur présence, leur seule quête, le pouvoir absolu. Il n'est que leur anéantissement qui puisse les en libérer. Et encore. Fantasmes d'une vie au-delà de la vie, autant de statues, de monuments qu'on construit pour demeurer dans le temps.

Dans leur utopie de l'apocalypse, ils sont des des divinités sans dieux et des idoles faites de chair.

Pour pouvoir accumuler le pouvoir et les profits, ils fabriquent le bouc-émissaire, le défouloir à toutes ces haines qu'ils instrumentalisent ensuite pour déclencher une guerre perpétuelle. La guerre est, à vrai dire, au cœur de leur stratégie. Elle est essentielle. Elle autorise l'exacerbation des hiérarchies, l'économie féodale, la marginalisation des faibles, le règne de la division, le mensonge érigé en vérité, l'état policier, la surveillance généralisée, l'autopsie virtuelle des âmes, le saccage de la nature, la destruction des corps.

Il ne leur suffit pas de posséder. Ils doivent écraser. Ils doivent anéantir. Muer votre chair en cendres.

Qu'on soit leurs esclaves.

Qu'importe ce que vous êtes. Un naïf ou leur chien. Mais vous devez comprendre qu'ils sont prêts à tout et que rien ne les arrêtera. Soit ils vous soumettent par la force, soit ils vous soumettent par la séduction de ces images qui colonisent votre imaginaire, soit ils puisent dans vos haines pour que vous soyez l'instrument de leur pouvoir, soit ils vous accordent suffisamment de miettes pour que soyez serviles.

Qu'importe ce que vous êtes.

Regardez au loin. Là-bas. La nuit descend. Est-ce que vous voyez cette nuit ? Bientôt elle saisira tous les corps. Le vôtre parmi. Et de ceux que vous aimez. Les puissants l'on composé avec le matériau du sang et on peut l'abroger. Regardez. Attentivement. Est-ce qu'elle vous fait peur ? Est-ce qu'elle vous donne envie de fuir ? Bientôt la lumière cessera et il fera nuit dans le moindre espace, dans les interstices de nos veines. il ne restera que la nuit, leur nuit.

Qui est l'apocalypse de l'humain.

Qu'importe ce que vous êtes. Qu'importe ce qu'on est.

Vous devez vous efforcer de taire cette nuit, la nuit qui vient.

Par tous les moyens.

En pensant, en écrivant, en rêvant, en agissant.

En étreignant la nuit pour y semer la lumière.

Qu'importe.

 

Umar Timol.

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