Les yeux des autres.

Je cherche dans les yeux des autres, lors du rituel incessant de la lumière, je ne sais quelle brûlure qui dit la genèse des âmes, nous sommes des créatures fictives, nous fabulons nos existences pour les autres et pour nous-mêmes, nous portons des masques si enracinés dans nos chairs que nos chairs n'en peuvent plus de mentir et de trahir, je cherche dans les yeux des autres, les spasmes de l'ailleurs, quelle est donc cette tristesse qui infeste les coeurs, d'où vient-elle, tout visage est le testament de son absence et tout visage a soif de ce qui n'est pas, je cherche dans les yeux des autres, la joie solaire d'être, hors de tous les déguisements convenus, il est une telle beauté à cette joie que la beauté ploie sous sa force, je cherche dans les yeux des autres, je ne sais quelle nostalgie, j'ignore son sens, ce qu'elle signifie, peut-être est-ce celle du paradis perdu ou du paradis à venir, peut-être est-celle de l'enfance qui se dérobe dans les veinures de la mémoire ou celle de ce temps qui use l'être, je cherche dans les yeux des autres mon propre visage, quel est-il, est-il fait de cendres de terres trop brûlées ou de l'eau de ses sources que tout assèche, quel est-il, je ne sais trop, je le cherche en tout cas dans vos yeux, je cherche dans les yeux des autres cette vulnérabilité, dont le dessein appartient au deuil, tout visage est ainsi marqué par la rupture de l'inachevé, je cherche dans les yeux des autres la poésie des êtres puisque la poésie est la substance de soi et que la photographie est la substance de l'autre, hors de tout paraître, extraire la substance de soi-même et de l'autre par la force des mots, par la force de la lumière, dans les yeux des autres et dans mes yeux. C'est ce que je cherche.

Umar Timol.

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