2017 où l'année de l'élection sans programme ?

La campagne pour 2017 est lancée avec des candidatures plus ou moins officialisées et des primaires plus ou moins abouties. Mais un grand absent semble se dégager de tout ça, le programme économique et social.

Depuis le début de l'année, la présidentielle a envahie les médias et se retrouve dans toutes les conversations qui abordent le sujet politique. Les manœuvres pour la primaire à droite, l'annonce de Marine Le Pen, celle de Jean-Luc Mélenchon, l'appel pour une primaire de toute la gauche et le remaniement ministériel ne sont que des signes du lancement de la bataille. Mais on a beau chercher, on parle de tactique, de triangulation, d'alliances, mais pas de projet. Le quinquennat de tous les renoncements de François Hollande aurait eu la peau des projets politiques ? on va probablement me rétorquer qu'il est tôt, que les programmes sont en préparation ... etc. Peut-être.

A bien y regarder, c'est le Parti Socialiste lui même qui, par les parole de Jean-Christophe Cambadélis à la sortie du conseil national, à lancé le principe de l'élection présidentielle sans programme «Notre parti n'a aucun intérêt à rejouer la pièce des élections précédentes, où le temps passé à discuter et à se disputer pour élaborer un programme est inversement proportionnel au temps que le candidat passe à le lire et à le reproduire». En gros, vu que lorsque l'on a un programme on ne le respecte pas, autant ne pas en avoir ! Ça a le mérite d'être clair.

Si l'on regarde un peu du côté de Les Républicains, la situation n'est pas meilleure. Bousculée par le Parti Socialiste sur une bonne partie de ses totems, la droite n'a pas grand chose à proposer que le gouvernement actuel n'ai pas déjà fait. On aurait pu penser que les primaires allaient amener chacun à présenter un projet béton, mais il semble que tout le monde ait décidé de s'aligner sur la médiocrité de l'analyse politique de Nicolas Sarkozy (il suffit de lire 3 lignes de son livre pour s'en convaincre) et de se contenter d'agir uniquement sur le mode des petites phrases. D'un autre côté, que proposer lorsque la déchéance de nationalité va entrer dans la constitution, que le code du travail va être sacrifié, que les entreprises bénéficient des vannes du CICE et du pacte de responsabilité largement ouvertes et que l'on est déjà dans le principe de la stigmatisation et du rejet pur et simple de "l'autre". Bref, la forme plutôt que le fond, vu que le fond réactionnaire et libéral est largement usagé.

En ce qui concerne l'extrême droite, on a l'habitude. Depuis 30 ans ils nous vendent un projet qui n'est qu'un assemblage de bric et de broc d'idées récupérées à droite et à gauche (au sens propre comme au sens figuré). Certes, le racisme et le nationalisme demeurent les piliers de cet échafaudage, mais ça ne suffit pas à faire un programme. Et de toute manière Marine le Pen se fout de défendre un programme, sa meilleure option restant de se positionner en opposition du système pour faire le plein des voix.

On en arrive à ce que l'on appelle communément "la gauche". En gros, ça commence à la gauche du PS, vous l'aurez compris. Le premier ayant dégainé sa candidature est Jean-Luc Mélenchon (voir ici) sans parti et sans programme défini. Il parait que ce dernier sera écrit au fur et à mesure par ses soutiens. Non, ce n'est pas une blague. En ce qui concerne les autres, soit Europe Écologie Les Verts, le Parti Communiste Français et les autres petites structures à l'intérieur ou à l'extérieur du Front de Gauche, il semble que le seul projet d'envergure sur lequel ils travaillent d'arrache pied soit la mise en place d'une primaire. On comprend aisément que, du coup, la notion de programme ne soit pas très en vogue vu que les perdants s'engagent dès le départ à soutenir la candidature du gagnant. Il sera plus simple de soutenir des phrases creuses le moment venu qu'un projet avec lequel on est en profond désaccord (et dieu sait si il y en a à gauche : productivisme, environnement, transport ...). Mais pour lutter contre le chômage, ça va être un peu léger.

Plus sérieusement, on sent très bien que la tactique l'emportera sur le fond l'année prochaine. Les 2 principaux camps n'ont aucun intérêt à proposer un programme et les autres, douchés par l'expérience de Syriza, ont du mal à trouver une solution. Plus globalement, le scénario probable de la présence du Front National au second tour semble modifier l'approche des autres partis en agitant l'idée que la simple présence au second tour sera synonyme de victoire finale. Cette tentation de l'élection à un tour privilégie une stratégie de conquête de l'électorat nouvelle, non plus basée sur la défense d'un programme mais sur l'optimisation maximale du timming, de l'environnement et des postures.

Au final on a le sentiment que cette élection va ressembler à Twitter et que c'est le meilleur Community Manager qui va l'emporter !

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