L'opportuniste Transition

Comme beaucoup de gens, j'ai pu assister ce week-end au lancement en fanfare sur les réseaux sociaux de la nouvelle offre politique française appelée La Transition. Lancée par un communiquant hors pair (Claude Posternak) et des acteurs de la société civile, elle se faufile très adroitement dans une brèche que la translation droitière du Parti Socialiste a créé dans notre paradigme politique.

Mais c'est dans la montée du FN qu'il faut chercher la source de ce nouveau parti. En effet, la montée régulière du Front National depuis plusieurs années est directement liée à 2 positionnements de leur part : tout d'abord, le fait que le Parti Socialiste et les Républicains - le fameux UMPS - c'est la même chose et que l'alternative économique est fictive, et ensuite la dénonciation du "tous pourris" qui jette l’opprobre sur l'ensemble du personnel politique professionnel des partis dits de gouvernement et de leurs alliés naturels (en gros, tous sauf l'extrême gauche marginale et le FN). C'est le reflet assez clair du sentiment de raz-le-bol des citoyens et c'est ce qui explique en grande partie la réussite actuelle de ce parti.

Étrangement, dans la lutte qui a été faite au FN, personne ne s'était mobilisé clairement sur ces deux positions pourtant parfaitement identifiées et aucune réponse n'a été formulée pour répondre à ce défit lancé par le parti frontiste. Et malheureusement, surtout pas de la part de la gauche radicale, qui paye probablement aujourd'hui ce manque incroyable de stratégie politique.

Le champ de ruines politique français actuel, avec ses deux partis leader en lambeaux et le parti d'extrême droite qui surnage, était pourtant un terrain favorable à l'émergence d'une offre politique et économique alternative, susceptible d'empocher le gros lot  en tant que seule alternative au FN. C'est désormais chose faite avec l'arrivée de La Transition.

Il faut bien comprendre que cette nouvelle offre n'est pas d'un grand intérêt en ce qui concerne le programme en lui même, puisqu'il n'invente rien et reprend de nombreuses propositions éparpillées dans les différents partis actuels, et surtout libérales. Ce qui est intéressant, c'est trois éléments pivots du langage:

  • Une offre de la part de la société civile. En gros, on dit aux français que ce parti c'est le leur et pas celui d'énarques qui ne les comprennent pas.
  • Un positionnement ni droite ni gauche qui répond à la déception créée par les deux dernières législatures.
  • La récupération de propositions émanant aussi bien des Républicains, du Parti Socialiste, de EELV, du Front de Gauche ou même de Nouvelle Donne. En gros, un patchwork destiné à montrer qu'il sort des clivages et, surtout, à ratisser très large électoralement en reprenant des propositions souvent populaires.

Ces trois éléments de langage représentent la réponse la plus intéressante et surtout la plus ciblée de ces dernières années à la montée du Front National. Ils dénotent par la même occasion le côté très opportuniste de la démarche qui semble avoir pour but une OPA marketing rapide sur la partie déboussolée de l'électorat de LR et du PS qui est tentée (ou a déjà basculé) par le FN (et l'abstention, évidemment).

Il sera très intéressant de suivre de près cette nouvelle démarche qui rompt de manière assez nette avec la politique telle qu'elle est pratiquée depuis des décennies et de voir si elle arrive à ses fins, à savoir bloquer la porosité de l'électorat traditionnel des partis vers le FN (et l'abstention) et le détourner. Pour le reste, à savoir le fond, les propositions sont tellement hétéroclites - et majoritairement libérales - qu'il est difficile d'en attendre grand chose. Et c'est d'ailleurs ce qui me rend amer, à savoir que mon camp politique n'a pas été capable de mettre une telle démarche en œuvre, avec la cohérence d'un programme progressiste et humaniste associé.

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