Ce que cache le contrôle généralisé des chômeurs

Pôle Emploi a donc décidé, avec l'accord total du gouvernement, de lancer la procédure de contrôle généralisé des chômeurs. Sous couvert de lutte contre la fraude aux allocations chômage et réduction de ce dernier, il se cache en fait bien autre chose, une réponse favorable de l'état à la demande de baisse des salaires du patronat.

Pôle Emploi a donc décidé, avec l'accord total du gouvernement, de lancer la procédure de contrôle généralisé des chômeurs. Sous couvert de lutte contre la fraude aux allocations chômage et réduction de ce dernier, il se cache en fait bien autre chose, une réponse favorable de l'état à la demande de baisse des salaires du patronat.

Nous voilà donc embarqués dans la grande lutte nationale contre la fraude aux ASSEDIC. Au delà du fait qu'elle représente finalement peu par rapport à d'autres type plus organsés et à bien plus haut niveau (fraude et évasion fiscales notamment) avec un montant avancé par l'UNEDIC de 140 millions d'euros, il est important de comprendre sur quoi s’appuient le gouvernement et Pole Emploi pour justifier cette décision.

Pour François Rebsamen, la problématique est simple : il y a 350.000 offres d'emploi non pourvues, donc les chômeurs ne cherchent pas d'emplois sinon ce chiffre serait proche de zéro. Cette réflexion, proche du néant intellectuel, ne tient absolument pas, et pour plusieurs raisons :

  • La France crée plus de 20 millions de contrats de travail chaque année. Il est tout à fait normal qu'un "fond de roulement" d'emplois disponibles existe puisqu'il est impossible de pourvoir immédiatement aux postes compte tenu du processus normal de recrutement. Ce processus étant d'autant plus long dans les PME vu l'inexpérience des recruteurs, souvent les chefs d'entreprise eux mêmes, qui se trompent souvent sur le profil recherché.
  • Le taux d'emplois vacants en France est l'un des plus faibles de la zone euro, établi à 0.6%, contre une moyenne à 1.7%.
  • Le nombre d'emplois vacants est proportionnel au nombre d'emplois total. Plus une économie crée de l'emploi, plus le nombre d'emplois vacants est élevé et plus de nombre de chômeur est bas.

 

On le voit, le problème n'est donc pas lié à la fraude (montant très faible) ni même à une hypothétique volonté des chômeurs de ne pas travailler qui serait validée par le nombre d'emplois vacants. L'objectif est donc ailleurs. Par habitude, je préfère imaginer que nos dirigeants suivent une stratégie parfaitement étudiée plutôt que penser qu'ils sont parfaitement idiots et incapables de comprendre les choses simples qui ont été avancées au dessus. Il faut donc chercher ailleurs la raison de ce renforcement très net de la pression sur les chômeurs.

Et comme souvent, une partie de la réponse se situe dans l'énoncé : la pression.

Parce qu'en fait, il ne s'agit que de ça. Mettre la pression sur les chômeurs, en leur faisant craindre une radiation, pour les forcer à accepter des conditions salariales plus basses que celles auxquelles ils aspirent avec raison, et/ou accepter des conditions de travail plus difficiles. On en reviens encore et toujours à l'obsession gouvernementale pour la compétitivité qui ne se traduit que par la baisse généralisée du "coût" du travail et donc, in fine, des salaires.

Tout cela, bien sur, est largement proposé et plébiscité par le MEDEF qui voit, une fois encore, ses demandes largement validées par le gouvernement, après l'ANI, le CICE, le pacte de responsabilité et la loi Macron. Ce gouvernement est donc tout à fait soluble dans l'idéologie libérale la plus crasse pour les salariés, les chômeurs et les pauvres et à la bote d'un MEDEF qui a littéralement les clés des réformes sociales dans ce pays.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.