penser demain?

Peut-être le tragique avertissement du covid 19 peut-il nous réveiller et nous montrer les voies à emprunter : dans le monde entier, en quelques jours, nous avons ralenti notre système économique, diminué notre activité ! A tous ceux qui prédisaient un immédiat effondrement en cas d'arrêt de notre course folle, force est de constater que la société s'adapte, se réorganise et s'humanise...

Notre gouvernement l’a décidé : la reprise économique et sociale ne peut plus tarder ! Une date a été annoncée, et quelques technocrates s’empressent d’élaborer la « stratégie » de notre déconfinement. La France s’apaise, se rassure, revit enfin… patronat en tête.

A travers ses hésitations, ses erreurs, ses revirements, notre classe dirigeante a pourtant montré son impéritie à chaque moment de cette crise. Alors exigeons-nous d’être rassurés ? Parce que nous pensons que cette reprise est vitale ? Urgente ? Mais pour quelle raison au juste ? Et quelle reprise ? Voulons-nous revenir au monde d'avant ?

Sans risque d’être taxé de complotisme, on peut avancer une douloureuse évidence. Le virus ne respectera pas les imprécations d'un pouvoir aux abois ou de ses premiers de cordée inquiets pour leurs profits. Alors que les professionnels de santé, que les malades continuent leur combat contre la maladie, n’est-il pas urgent d’élaborer une réelle stratégie sanitaire, combinant tests et protections avec une refonte en profondeur de notre système économique et industriel ?

La crise du Covid 19 nous rappelle les implications de chacun de nos choix politiques. Notre société a privilégié la voie de la surconsommation, de la mondialisation, de la croissance à tout prix, détruisant ou asservissant faune et flore, multipliant les pollutions chimiques ou électriques. La nature, fragilisée, se rappelle à notre aveuglement de la manière la plus violente. Et ce n’est évidemment qu’un début ! Combien de catastrophes, de pandémies nous attendent si nous ne changeons pas.

Mais peut-être ce tragique avertissement peut-il nous réveiller et nous montrer les voies à emprunter : dans le monde entier, en quelques jours, nous avons ralenti notre système économique, diminué notre activité ! A tous ceux qui prédisaient un immédiat effondrement en cas d'arrêt de notre course folle, force est de constater que la société s'adapte, se réorganise sans collapser ou se précipiter dans le chaos.

Nos sociétés ont également su retrouver un début d’humanité et de sens social. Les milliards débloqués en quelques semaines dépassent largement les efforts à faire pour accomplir ce pour nos systèmes politiques ont été fondés : protéger, soigner, instruire...

 En France, quelqu’un osera-t-il nous reparler des efforts à consentir pour « réformer », « assainir » nos retraites, notre assurance chômage, notre santé ? Aujourd’hui, même le plus docile des médias français se voit forcé de le reconnaître: chaque fermeture de lit d'hôpital a causé plusieurs dizaines de décès ! Chaque économie sur nos laboratoires de recherche a retardé la connaissance de ce virus ! Et il faudra bientôt comptabiliser les contaminations dues à l’absence de tout matériel de protection. Plusieurs dizaines d’années de politiques d’austérité, de paupérisation, de casse de service public, nous ont rendus vulnérables, incapables de toute réaction rapide et efficace. Que se passera-t-il lors de prochaine catastrophe, sanitaire ; climatique, sociale...  sans doute beaucoup plus meurtrière !

La crise, la dette dont on nous rebat les oreilles pour justifier une politique criminelle et absurde continueront-elles à être évoquées après le covid ? Du moins après les quelques semaines de délai obligées. Quelqu’un, un politique, un journaliste, expliquera-t-il enfin qu’elles ne constituent qu'un effet mathématique du passage d'un système monétaire adossé aux banques centrales à un système d'emprunt aux banques privées, donc nécessairement déficitaire ? Malheureusement, les premières décisions de sortie de crise ne peuvent que nous faire craindre le pire : Le premier effort fiscal reste réservé aux grandes sociétés pollueuses, sans aucune contrepartie écologique. Et le conseil de l'Europe a choisi comme conseiller en matière de  finance « durable » (sic) Blackrock.

L’autre leçon que nous apporte la crise du coronavirus est que notre société ne peut survivre sans entraide, sans empathie. Qu'est-ce qui fait tenir notre pays et évite une plus grande catastrophe ? Le courage de travailleurs sous-payés et peu méprisés. Les soignants qui viennent de se faire matraquer lorsque, tristes Cassandre, ils protestaient contre leurs conditions de travail et le naufrage de notre système de santé. Qui d’autre ? Les premiers de corvée qui servent, livrent, approvisionnent, nettoient pour que nous puissions continuer à vivre correctement.

 Aujourd'hui on peut, on doit s'interroger sur l’échelle des rémunérations, celle d’une population privilégiée, surpayée, mais d'une utilité parfois contestable. Que penser des sommes versées à nos multiples cadres supérieurs dont l’importance ne brille pas aujourd’hui, à nos fiscalistes dont le travail consiste à détourner des sommes de l'impôt, et donc à nuire à la société, à ces financiers qui spéculent déjà sur les faillites, les désordres politiques, la faim ?

Qui encore ? Les enseignants bien sûr qui accompagnent le confinement, mais aussi les petits gars des quartiers, oui ceux qui tiennent les murs. Ou nos associations. Ces râleurs patentés qui compensent la cupidité et le cynisme de notre société. Dans un département comme le 93, beau territoire de la promiscuité et de la pauvreté, sans les élans de solidarité, de partage, la situation serait devenue invivable. La faim, la solitude auraient tué. Ces agriculteurs, enfin, dont on comprend l’utilité et les difficultés économiques.

Alors de quelle société voulons-nous le 11 Mai ou le 11 Novembre ? Quels métiers désirons-nous valoriser ?

 Ne faut-il pas sortir de cette sordide et criminelle logique de rentabilité financière pour revenir à une logique de nécessité sociale ? Mettre fin à toutes les occupations inutiles, dépensières de temps, d'énergie, tous ces emplois nocifs : ces conseils, managers, intermédiaires, lobbyistes, communicants. Ne faut-il pas résolument limiter toute agitation inutile, baisser notre emprunte carbone pour repenser à l’essentiel, l’utile, le solidaire. Et il ne  s’agit pas du vœu pieux de gauchistes arriérés. Des questions de santé publique, voire de survie, vont se poser demain. La multiplication des catastrophes sanitaires révélera les impostures de nos « progressistes », « réformistes » autoproclamés. Leurs attaques systématiques de nos systèmes de protection sociale - cassant le système universel du CNR en de multiples caisses plus aisées à « refonder »-, afin de fragiliser les populations modestes et bénéficier d’une main d’œuvre corvéable à merci, mettent la société en danger d'implosion. Et plus sûrement que le coronavirus.              

La dernière leçon que cette crise nous donne, sans doute la plus remarquable, nous est donnée par la nature même. En quelques semaines, elle commence à se reconstruire, à se remettre de nos attaques méthodiques : allons-nous profiter de cet arrêt, de cette suspension pour diminuer notre activité, réduire nos agressions sur la planète ?

Le patronat commence déjà à lister les efforts à faire pour relancer la machine! Mais quelle machine ? Celle qui a déjà détruit plus de 60% de la faune ? Celle qui compromet notre survie et celle des écosystèmes ? Qui nous impose une malbouffe innommable, une surmédication criminelle ?  Les libéraux, les affairistes savent qu'ils vivent leurs derniers temps de prospérité. Ils désirent en profiter jusqu’au bout, s'extraire des toute règle de protection de la planète pour multiplier les profits tant qu'ils sont possibles. Doutent-ils des conséquences de leurs actes ? Sans doute que non. Peut-être pensent-ils échapper aux ravages de la pollution, le temps de nettoyer un peu la terre des surnuméraires, en se réfugiant dans des bastions protégés ou sur des terres moins hostiles. Une abomination et une stupidité, mais tout montre que les gens à qui nous laissons les rênes depuis trop longtemps ne brillent ni par leur intelligence, ni par leur humanité. Notre seul espoir est que l'eldorado du durable, de l'écologique mobilise la cupidité des grands capitaux.

 Nous devons imposer notre choix : profiter de cette pause pour interroger nos modèles, choisir ce qui doit changer, disparaître ou au contraire se développer. Et lorsqu'on nous dit relançons la machine, demandons comment ? Et pourquoi ? Il est temps de mesurer ce qu'implique chaque geste, ce que génèrent chaque travail, chaque achat. En termes de pollution, comme en termes sociaux ou environnementaux : impliquent-ils l’exploitation de quelqu’un ? La destruction d’un territoire, de la faune, de la flore ? Nous devons lutter contre notre paresse, notre gloutonnerie infantile et déterminer si nous avons besoin de tel ou tel objet ? De tel ou tel pseudo progrès ? On sait aujourd'hui que wuhan est un des espaces de développement de la 5 G. La corrélation entre le déploiement d'une technologie non maîtrisée et l'affaiblissement des systèmes immunitaires semble probable. Les méthodes utilisées par l’industrie pour distiller le doute ne peuvent que nous rappeler les tragiques affaires du plomb, de l'amiante, du téflon, ou d’innombrables médicaments... Elle nous montre qu’il faut stopper l’emballement technologique et commercial.

Si nous sommes capables de nous confiner, d'appliquer des précautions sanitaires, de sacrifier nos relations, nos activités, nous pouvons revoir notre manière de vivre et de consommer. Et nous devons le faire, sinon, enfermés dans un infernal et ridicule cercle vicieux, nous allons retrouver le même monde, peut-être même en pire : au nom de l'urgence et de la fragilisation des économies, nous verrons nos acquis sociaux encore battus en brèche, nos réglementations environnementales assouplies. Ce qui serait ballot, c’est que cet aveuglement génère rapidement une nouvelle crise sanitaire encore plus meurtrière et destructrice.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.