Depuis l’été 2025, les artistes, chercheur·ses et étudiant·es palestinien·nes vivant à Gaza ne peuvent plus être évacué·es ni accueilli·es en France, y compris lorsque leurs dossiers ont été jugés recevables ou prioritaires. Le programme du Collège de France "PAUSE", censé protéger les artistes et scientifiques en danger, a suspendu l’instruction des candidatures concernant Gaza au motif qu’aucune évacuation ne serait possible à court terme.
Ce blocage s’inscrit dans une séquence précise. La France a prétexté d’une polémique isolée sur un supposé cas de post antisémite d’une étudiante en France pour suspendre l’ensemble des évacuations depuis Gaza, sans jamais mettre en place de procédure individualisée ni formuler de doctrine publique claire. Cette décision est illégale en termes de droit : sanctionner un groupe ou une communauté pour l’acte, ici le propos, supposé d’une personne. Dans les faits, un seul critère a prévalu : être à Gaza suffit à exclure une personne de la protection, indépendamment de sa situation personnelle. Il s’agit d’une politique discriminatoire fondée sur l’origine géographique.
Dans le cadre des crimes contre l’Humanité commis par l’État d’Israël à Gaza, et de la plausibilité de génocide déclarée par la CIJ (Cour internationale de Justice), cette décision est transparente. Empêcher les sorties humanitaires, académiques et culturelles renforce l’enfermement d’un territoire soumis à des destructions massives et à un isolement quasi total. La France accompagne objectivement les effets des crimes de guerre israéliens pourtant avérés et prouvés (et non supposés) en suspendant ses dispositifs d’évacuation humanitaire, académique et culturelle.
Ce verrouillage touche en priorité celles et ceux qui écrivent, enseignent et documentent la réalité gazaouie. Alors que les journalistes étrangers sont interdits d’entrée, les voix locales deviennent essentielles et, par là même, exposées. L’assassinat par l’État d’Israël de la photojournaliste Fatma Hassona avec 10 membres de sa famille en 2025 l’a rappelé. Maintenir poètes, chercheur·ses et artistes à Gaza revient à les laisser dans une zone où ces voix pacifiques seront la cible explicite d’actes à caractère génocidaire.
La situation actuelle de la poétesse Neama Hassan, à laquelle Libération consacrait récemment un portrait, illustre concrètement cette politique. Vivant aujourd’hui déplacée à Gaza avec ses enfants dans des conditions matérielles extrêmement précaires, elle continue d’écrire et de mener des activités culturelles. Un dossier a été monté pour l’accueillir en France dans le cadre du programme du Collège de France "PAUSE". Les financements et les partenaires existent, la reconnaissance littéraire est établie. Pourtant, tout est suspendu uniquement parce qu’elle se trouve à Gaza. Elle n’est accusée de rien, n’appelle à aucune violence, son œuvre est extrêmement critique à l’égard du Hamas, mais la France accepte qu’elle demeure enfermée dans un territoire où les voix comme la sienne sont exposées à la violence d'un Etat dont la systématicité des crimes n'est plus à prouver.
La conférence de présence qui aura lieu ce lundi 26 janvier en visioconférence dénoncera ses faits et tentera de dégager des perspectives pour une action. Portée par des collectifs humanitaires et artistiques, des institutions, des associations et des universitaires comme Didier Fassin, professeur au Collège de France, la conférence aura pour objectif de forcer la France à respecter ses engagements internationaux en termes de droit et de protection des exilés.
Nota : lien d'inscription pour la conférence https://forms.gle/jzxsQRhYx4J6QpVY7
Conférence en présence Marion Slitine, Cleo Smits, Rima Mokaiesh, Valérie Jouve - Fondatrice, membres du Collectif MAAN for Gaza Artists Patrick Zahnd - président, JURDI (L'Association des Juristes pour le Respect du Droit International), Sarah Rolfo - traductrice et assistante d’édition, BAAM (Bibliothèque arabe associée de Marseille) / Le Port a Jauni et Maud Leroy, Éditions des Lisières, Blandine Dujardin, Directrice adjointe, Théâtre du Nord – CDN Lille Tourcoing Hauts-de-France, Marine Relinger, dramaturge / cie Shonen et cinéaste, Ramzi Aburedwan, Directeur, Al Kamandjati et Sébastien Laussel, Directeur, Zone Franche, Marie Antonelle Joubert, Directrice, École Kourtrajmé Marseille, Sophie Wauquier, Professeure des universités, Université Paris 8, Bien Do Bui et Yosra Ghliss, Maîtresses de conférences / Collectif Universitaires avec Gaza, Annick Suzor-Weiner, Professeure émérite / Réseau MENS (accueil étudiants en exil), Des artistes gazaoui.es lauréat.es du programme PAUSE actuellement en attente à Gaza ou en Europe, Didier Fassin, Professeur, Collège de France / Institute for Advanced Study de Princeton University, et l'ensemble des institutions partenaires
Sources
Suspension des évacuations et du programme PAUSE
Télérama, "Pourquoi les Gazaouis sont exclus du dispositif du Collège de France d’aide aux intellectuels exilés", 16 janvier 2026.
https://www.telerama.fr/debats-reportages/pourquoi-les-gazaouis-sont-exclus-du-dispositif-du-college-de-france-d-aide-aux-intellectuels-exiles-7029226.php
France 24, "France freezes Gaza evacuations after alleged antisemitic posts", 1er août 2025.
https://www.france24.com/en/live-news/20250801-france-halts-intake-of-gazans-over-student-s-antisemitic-posts
Sceneweb, "Les artistes gazaouis implorent la France : “Faites-nous sortir pour jouer Les Monologues de Gaza”", 16 janvier 2026.
https://sceneweb.fr/les-artistes-gazaouis-implorent-la-france-faites-nous-sortir-pour-jouer-les-monologues-de-gaza/
Interpellations parlementaires: Sénat, Question écrite n° 07425, "Situation des lauréats palestiniens du programme PAUSE bloqués à Gaza",
déposée le 22 janvier 2026.
https://www.senat.fr/questions/base/2026/qSEQ260107425.html
Neama Hassan, Sois Gaza. Journal octobre 2023 – novembre 2024, édition bilingue arabe / français, Éditions des Lisières, 2025.
https://www.liberation.fr/international/moyen-orient/a-gaza-la-poetesse-neama-hassan-et-sa-bibliotheque-mobile-au-secours-de-limaginaire-des-enfants-20251126_I5CGXAW5W5FADFB6YV4Q5J6IBU/
Cagnotte officielle pour l’accueil de Neama Hassan et de sa famille, portée par les Éditions des Lisières.
https://www.helloasso.com/associations/editions-des-lisieres/collectes/ensemble-soutenons-neama-hassan-ecrivaine-gazaouie-en-danger
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