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Billet de blog 4 mars 2014

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Dix ans sans Nougaro !

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L'écrivain Christian Laborde, publie une biographie de son ami disparu voici dix ans : "Claude Nougaro, le parcours du cœur battant" (Éditions "Hors Collection"). Le romancier béarnais dont le poète affirmait qu'il "parle une langue de couleurs à délivrer les grands baisers de l’âme" évoque dans son ouvrage l'audace de l' artiste-majuscule,  fou de rythme, qui aimait faire l'amour avec les mots et se saoulait  de jazz ... autant que d'alcool.
Il y a dix ans, Claude Nougaro disparaissait. Cet acrobate de l'imaginaire et du verbe, a-t-il laissé des enfants artistiques ?

Il a d'abord laissé une œuvre ! Et c'est une œuvre novatrice puisqu'elle a fait entrer dans la chanson française le jazz, la musique brésilienne,, une poésie de la ville, le cinéma mais également une poésie très contemporaine, une poésie des lieux, de la pluie. Tout cela c'est l'apport de Claude ! A-t-il des héritiers ? Il va falloir être costaud pour s'affirmer héritier de Claude. Parce qu'il faut d'abord avoir une voix, une forte présence scénique, il faut aussi être un danseur sur scène. Il faut donc être un poète et une bête de scène ! Maintenant, je vois des artistes rendre hommage à Claude Nougaro. Je me souviens de "M" chantant "La pluie" à Toulouse et puis de Camille, qui est une vraie percussionniste jouant "Bidonville"...
Il a débuté avec Piaf et commencé au "Lapin Agile", ce cabaret parisien à Montmartre, où Jean-Roger Caussimon était un familier. Dans la biographie que vous lui consacrez, vous avez découvert des choses que le grand public ignore ?
Oui. J'ai par exemple retrouvé le poème "Pégase" récité lors d'une audition au "Lapin agile" en 1955. Ce que le grand public ne sait pas c'est que Claude Nougaro a commencé à dire des poêmes, comme,  à même époque, la comédienne Annie Girardot. On peut se demander pourquoi il n'a pas débuté en chantant. Tout simplement, parce qu'il n'osait pas chanter. La voix dans la famille, c'était Pierre Nougaro, son père,  1er baryton de l'opéra de Paris. Et il faut oser chanter au pied d'une telle montagne sonore ! Et c'est Michel Legrand qui va pousser Claude à chanter, à enregistrer ses propres chansons et cela va donner le Nougaro que l'on connait.

Mais aujourd'hui, le grand public ne connait que ses premières chansons alors que certains textes poétiques comme, par exemple, "Plume d'ange", restent mésestimés..
"Plume d'ange", c'est vingt minutes ! Je ne sais pas s'il y a beaucoup de radios qui pourraient diffuser à l'antenne un texte de cette longueur. Ce sont des textes faits pour la scène. Ceux qui ont vu Claude sur scène connaissent "Plume d'ange". Claude Nougaro, avec son trio de jazz, Bernard Lubat, Maurice Vander et Pierre Michelot a fait plus de 400 concerts en France et en Francophonie ! Si c'est pas être populaire, cela ! Qui en France à fait 400 concerts ?

J'évoquais l’œuvre, qui semble un peu au purgatoire. Ce sont toujours les mêmes cinq ou six titres qui sont diffusés...

Mais combien de chansons de Brassens ou de Brel passent sur les ondes, sinon, quatre, cinq ou six ? On revient toujours à ce que l'on connait. Le problème n'est pas celui du chanteur mais bien celui du programmateur. Ce sont les titres les plus emblématiques. Vous savez, on est populaire d'abord sur scène. On y entend  toutes les chansons de Claude. On les a sur les disques "live" !  Et il y a 300 chansons !
Dont "Toulouse"....
Oui, et je précise que ce n'était pas un homme de terroir, Claude. Comme il disait toujours : "Trop de terroir m'enterre !" Il est simplement placé dans un axe sud et s'il aimait Toulouse, c'est que dans la cuisine de sa grand-mère, il a entendu la voix de Bessie Smith alors qu'il était enfant. Et il va être un sacré précurseur puisqu'il va faire rentrer dans la chanson française le jazz et également le Brésil. Le jazz, cela concerne le Nougaro douloureux. Il va chanter sa douleur et sa souffrance grâce au jazz. "Le Brésil m'amène la joie" me disait-il. Et il l'a fait débarquer cette joie, sur la scène !
On connait la célèbre photo de Jean-Pierre Leloir, où l'on voit, à une même table Brel, Brassens et Ferré. Ne manque-t-t-il pas Nougaro sur le cliché ?
Effectivement, il manque Nougaro. Mais il y a une explication. Vous savez, il y a deux types d'artistes : ceux qui respectent la tradition, comme Brassens et Brel,  et ceux qui inventent un chant neuf. Ceux qui se nourrissent de la tradition de la balade et de la versification. Ces artistes-là, on les a tout de suite à l'oreille parce qu'on reconnait ce type de musique, cette aventure verbale qui renvoie à Ruteboeuf, à Paul Fort...
Claude Nougaro, lui, arrive avec une écriture neuve. Claude, par exemple avec la chanson "A bout de souffle", sur une musique de Dave Brubeck, eh bien, il fait rentrer le polar le jazz, le polar et le cinéma en une seule chanson. C'est trop neuf alors, trop nouveau ! Et cela mettra un certain temps pour que tout le monde ait à l'oreille ce type d'aventure. Et Claude en avait conscience. Il citait toujours cette phrase de Cocteau : "Le public aime reconnaitre, la connaissance le fatigue.."

Brel, Brassens, Ferré le 6 janvier 1969 (photoJ.P. Leloir)

Mais, entre Nougaro et Ferré, il y avait des "passerelles et même une tournée faite ensemble..
Claude et Léo s'appréciaient en tant que deux poètes. Claude à rendu hommage à Léo Ferré dans son album "Récréation" et je sais que Ferré appréciait beaucoup le talent de Claude. Mais là, nous sommes du côté des princes du langage de la chanson française !
Concernant ses problèmes d'alcool..
Claude disait : "je mène ma vie à tombeau ouvert... et à guichet fermé !" Concernant le whisky, il y avait chez Claude une part d'autodestruction. Il trimballait beaucoup de souffrance venue de son enfance.  Une bouteille partagée avec des amis dans le petit matin glacé permet d'oublier bien des souffrances. Il était ainsi fait. Avec ses douleurs, ses failles et son énergie.

Il y a un "album-passeport" pour aborder l'univers Nougaro ? 

Je recommanderai "Femme et famine" parce que le grand thème de Nougaro, c'est la femme et les plus belles chansons d'amour sont sur cet album. Je pense à "Ile de Ré".  Et sur cet album figure également "Locomotive d'or", qui est la plus belle chanson de Claude, c'est un hymne merveilleux au tambour et on se rend compte là qu'il connaissait parfaitement la percussion et combien la musique et la transe qu'offre le jazz correspondaient à sa propre poitrine... Continuons à danser sur lui puisqu'il nous invite avec sa musique à danser et à découvrir la joie ! 

(article paru sur le site de TV5Monde : http://petitlien.fr/72z7)

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