La révolution musicale belge signée Belem

Avec BELEM AND THE MEKANICS, le compositeur Didier Laloy prouve qu'il est un des musiciens les plus originaux et talentueux de son époque. Sa dernière œuvre, magistrale, associe un ensemble d'orgues de barbarie et de percussions pilotés par ordinateur. L'inclassable Walter Huss est aux commandes. Et si la Belgique tenait enfin son Mozart ?

BELEM AND THE MEKANICS © ZIG ZAG WORLD BELEM AND THE MEKANICS © ZIG ZAG WORLD
Cela fait plus de 25 ans que Didier Laloy promène son talent et sa curiosité musicale sur les scènes européennes. Le bougre a commencé à se produire adolescent avec son accordéon diatonique. S'il n'a jamais changé d'instrument, il a réussi, au fil des années, à le sublimer. Et le public, sans cesse plus nombreux, le suit avec une fidélité jamais prise en défaut. Personne en Belgique n'a oublié son duo avec Jean Christophe Renault au piano. Un moment bouleversant. Erik Satie, Claude Debussy et Nino Rota étaient dans la salle. Ceux qui les ont reconnus se souviennent de leurs applaudissements frénétiques. Par chance, il existe un enregistrement de ce moment mouillé de larmes et de grâce.

C'est que ce compositeur pas comme les autres possède un talent qui flirte avec le génie. Mais oui. Osons ce mot si souvent et honteusement "holdupé" !  Didier Laloy le mérite. Cet homme simple au coeur d'ado conduit sa vie avec la curiosité comme seul GPS. Sans jamais s'égarer.

Didier Laloy remplit les salles les plus improbables. 

Sa réputation d'excellence est son meilleur agent.  Le bouche à oreille sa meilleure pub. Il précise dans son dossier de presse  : "Au début de mon parcours artistique, j’ai eu la chance de partager la scène avec de nombreux d’artistes de talent venant d’horizons différents. Puis, fin des années 90’, fort des enseignements et des échanges avec mes pairs et maîtres musiciens, comédiens, danseurs, chanteurs, j’ai commencé à créer mes propres projets ...Ma priorité durant ces années a toujours été de privilégier les rapports humains. Peu importe que mon partenaire soit guitariste, acrobate ou diseur : l’humain faisait que la création était possible et brûlante"

Le voir sur scène avec sa complice violoncelliste Kathy Adam est inoubliable. Le duo Belem tourne et retourne les cœurs comme des crêpes.

Il y a quelques jours, après une série de représentations à guichet complet en Belgique, le fameux duo s'installait pour trois soirs au centre Wallonie-Bruxelles à Paris. Triomphe. Didier Laloy venait jouer son dernier album, "Belem and the Mekanics".

BELEM AND THE MEKANICS au centre Wallonie-Bruxelles (extrait) © Frantz Vaillant

Sur la scène, une batterie sans batteur, un accordéon niché sur une colonne, des vibraphones amputés et une forêt d'orgues comme une tapisserie de bois. Et Didier Laloy avec Kathy Adam. Entre les morceaux, les explications du compositeur sur cette aventure musicale conduite avec Walter Huss et cet assemblage d'instruments aux poumons artificiels.

BELEM AND THE MEKANICS au centre Wallonie-Bruxelles (extrait 2) © Frantz Vaillant

Nous étions au coeur d'un film.

La musique jouée était la bande son originale de notre vie.

Nous avons rarement observé de tels fluides lors d'un concert. Le public semblait stupéfait. Destination émotion. A croire que cette musique, logée dans l'ADN de nos vies antérieures, venait de sortir d'un très long sommeil. On imaginait qu'elle avait traversés les époques, picorant au passage les différents courants mélodiques: gigues, tangos, ballades.... Elle nous revient maintenant, neuve et fraiche, offerte aux âmes délicates. L'univers musical de Didier Laloy n'appartient qu'à lui. Il est un mix de toutes ses influences intimes, une digestion de couleurs sonores, le maitre d'un continent étrange et tourmenté. Il dit simplement : "Je cherche toujours des petits prétextes à échange et donc je me raconte des histoires,  des petites histoires  qui explosent et qui deviennent "filmesques. J'habite à la campagne, je suis devant mon paysage et je me raconte des films que j'écris  avec mon instrument, l'accordéon". 

Didier Laloy et Kathy Adam © Frantz Vaillant Didier Laloy et Kathy Adam © Frantz Vaillant

Comment est né ce projet fou ? Il explique : "Durant des jours et des nuits (d’insomnies!) à rêver à mon futur artistique, des dizaines d’idées se sont croisées, entrechoquées et complétées. Une image revenait en permanence: « un orchestre mécanique » pour accompagner BELEM ! J’ai donc investigué dans cette direction, partant à la recherche d’orgues de barbarie, de pianos mécaniques, de boîtes à musique...  jusqu’au jour de ma rencontre avec Walter Hus. Ma visite dans son laboratoire organiquephilharmonique fut incroyable, mon rêve d’orchestre mécanique était non seulement là devant mes yeux, mais en réel,en plus grand, plus fou et encore plus beau ! Tout n’était pas encore fait, il fallait évidemment que l’humain et que l’envie commune et indispensable à la création soient présents, et ce fut le cas. Walter et moi partageons une même folie créatrice, qui nous a fait l’effet d’un tourbillon rendant le doute impossible. Ce projet fou et démesuré devait se réaliser. Je dis «fou et démesuré » car la gestion technique de notre folie dépasse de loin mes créations habituelles. L’instrument imaginé et construit par Walter Hus et la société Decap est réellement incroyable, démesuré, mais aussi génialissime. Cet instrument composé de tuyaux, de câbles, de lames métalliques et en bois, de percussions et encore d’autres choses est capable à lui seul de reproduire les sons de tout un orchestre."

Walter Hus complète : "Dans les années 50, 60 et 70, les orgues de danse automatisés (limonaires, orgues Decap ou Mortier) étaient immensément populaires dans les cafés et les salles de danse en Belgique, en Hollande et dans le Nord de la France.Tout comme les pianolas, ces orgues imposantes théâtrales étaient commandées par des cartes perforées. Ils jouaient les tubes du moment pendant que la bière coulait à flots. À l’arrivée du Jukebox, beaucoup de ces instruments ont été mis à la décharge ou pour les plus chanceux, dans des musées. Aujourd'hui, ces orgues sont de retour, sous une forme High-­Tech."

Sur la scène du centre Wallonie-Bruxelles © Frantz Vaillant Sur la scène du centre Wallonie-Bruxelles © Frantz Vaillant

Celles et ceux qui ont assisté à cette représentation au Centre Wallonie-Bruxelles ont certainement eu l'impression de vivre un moment rare : la maturité d'une oeuvre singulière et forte. Tant pis pour les précieux (critiques musicaux, experts divers, médecins légistes de la partition) qui continuent de faire la fine bouche en persistant à ignorer Didier Laloy et Belem. Nous faisons aujourd'hui le pari que son oeuvre va conquérir le monde. Tranquillement. Elle va s'imposer par la seule force de son évidence et la puissance de son originalité. Belem vous aime. Et nous aussi.

"Belem and the Mekanics"

CD ZIGZAGWORLD

 

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