Lettre ouverte à Monsieur Fillon

Je ne sais pas pour vous, mais pour moi, la famille est ce qu’il y a de plus précieux. On voudrait être capable de les protéger de tout, de les préserver. Et je ne doute pas une seule seconde Monsieur Fillon, que vous aimez vos enfants autant que j’aime les miens, aussi, c’est tout autant au père qu’à l’homme politique empêtré dans ses soucis que je vais m’adresser aujourd’hui.

Monsieur Fillon,

Ce dimanche 5 mars 2017 au journal télévisé de France 2, vous avez eu cette parole : « JE NE SUIS PAS AUTISTE. JE VOIS BIEN LES DIFFICULTÉS. J'ENTENDS BIEN LES CRITIQUES »

J’ai conscience que ces derniers jours ont été pour vous difficiles, vous avez à rendre compte de bien des actes et des paroles, et cela se joue à un niveau politique national, international, et également familial, puisqu’il s’avère que parmi les accusations portées contre vous, votre femme et vos enfants sont impliqués.

Je ne sais pas pour vous, mais pour moi, la famille est ce qu’il y a de plus précieux. On voudrait être capable de les protéger de tout, de les préserver. Et je ne doute pas une seule seconde Monsieur Fillon, que vous aimez vos enfants autant que j’aime les miens, aussi, c’est tout autant au père qu’à l’homme politique empêtré dans ses soucis que je vais m’adresser aujourd’hui.

Comme vous j’ai 5 enfants, et même si l’une de mes filles n’est pas issue de mon ventre, elle est issue de mon cœur et cela compte tout autant.

Le cinquième de ces enfants est autiste justement. Et oui, vous deviez bien vous douter qu’il y aurait des réactions ! Il faut dire qu’on en a assez, nous les familles et proches de personnes autistes et les personnes autistes elles-mêmes qu’on se serve de ce mot à tout propos pour le transformer en insulte, en étalonnage de probité ou d’intelligence ou pour s’en servir comme tremplin en proposant des lois liberticides pour enrichir les lobbyings porteurs de voix et de pouvoir (réf : proposition de résolution par le député Fasquelle).

Je me suis posé cette question sans cesse hier soir, et encore ce matin dès le réveil : Qu’est-ce qui pousse cet homme à s’emparer ainsi du mot autisme pour se défendre ? Qu’est-ce qui le motive à employer ce terme précisément, et non un autre plus adapté, comme : « je ne suis pas obtus », ou « je ne suis pas idiot », ou tout autre terme qui ne soit sujet à interprétation ?

Un mot que vous avez employé à plusieurs reprises, ce qui ôte l’idée qu’il ait pu vous échapper. Puisque vous l’avez répété, c’était bel et bien qu’il était choisi en toute conscience.

Et puis je me suis souvenue avoir lu un article à propos de votre épouse qui avait été nommée marraine du mouvement « Asperger aide France » en 2008. Je vous indique monsieur Fillon, au cas où vous ne seriez pas au courant (les infos ont l’air de mal passer au sein de votre famille) que le terme Asperger désigne l’une des nombreuses formes que peut prendre l’autisme.

Aussi, bien sûr, mon inquiétude a doublé ! Est-ce que c’est là la vision que vous partagez avec votre épouse à propos de l’autisme ? Est-ce ainsi que vous considérez ce trouble ? Des personnes murées dans leurs mondes ? Incapables d’entendre et d’écouter ?

Est-ce ainsi que vous considérez le monde Monsieur Fillon ? Ceux d’un côté qui écoutent et sont d’accord avec vous, et les autres qui ne sont pas d’accord avec vous et qui donc n'entendent pas, n’écoutent pas, et sont donc autistes ? Excusez-moi de faire ce raccourci, mais je m’adapte à votre manière de faire.

Car si bel et bien, malgré tout ce qui se déploie autour de vous, tant d’un point de vue juridique que politique, vous accédez au poste de Président de la République, et que votre épouse s’en retrouve par-là même première dame du pays, je suis terrifiée quant à la posture que vous aurez l’un et l’autre au sujet des personnes autistes.

Aussi, je vous en conjure, si tant est que vous soyez encore apte à entendre autre chose que votre point de vue, ouvrez votre esprit à une autre forme de pensée, moins catégorique, moins vaniteuse, moins insultante.

Ou alors, attendez-vous à ce que rentre dans le langage populaire des expressions telles que : « Ne fais pas ton Fillon » quand on s’adressera à quelqu’un qui refuse de changer de posture malgré l’évidence de son erreur… ou alors « Espèce de Pénélope » quand on évoquera une personne qui ne travaille pas en regard du salaire qu’elle perçoit… et bien d’autre j’imagine, le peuple n’est jamais avare d’intelligence, malgré ce que vous avez l’air de penser.

Je suis persuadée que cela vous déplairait au plus haut point et qu’il ne faudrait pas longtemps avant que vous poussiez des hauts-cris et voire même que vous fassiez appel à la justice pour réclamer que cela cesse.

Alors moi, mère de Théo, diagnostiqué Autiste Asperger, amie de tant et tant de familles confrontées à cette particularité, je vous encourage vivement à faire des excuses publiques à tous les autistes que vos propos publics ont insultés.

Et je considèrerai comme une insulte supplémentaire que vous ne le fassiez pas.

 

Valérie Gay-Corajoud

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.