Qu'y a-t-il de plus beau qu'un homme qui se redresse

Je regarde ces gens dehors, vêtus du jaune de l’espoir insurrectionnel. Je les regarde et ce que je vois, ce n’est pas tant la colère ni la violence que la vie qui exsude d’eux comme jamais. Une vie qui prend son sens dans un combat qu’ils ont fait leur.

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Je regarde ces gens dehors, vêtus du jaune de l’espoir insurrectionnel.
Je les regarde et ce que je vois, ce n’est pas tant la colère ni la violence que la vie qui exsude d’eux comme jamais. Une vie qui prend son sens dans un combat qu’ils ont fait leur.
Loin de l’étroit couloir que depuis des années ils longeaient, sans savoir s’il correspondait encore à leur destiné. Loin du chemin épineux et sans âme sur lequel depuis bien longtemps ils ont été propulsés. Loin de la grisaille d’un métro-boulot-dodo qui ne suffit plus à illuminer leurs tables de fêtes. Loin d’un carcan de plus en plus serré qui les fait tous se ressembler, jusqu’à ne plus se reconnaître. Loin d’un incessant ballet d’obligations entrecoupées de quelques plaisirs fugaces… ceux à la portée de leurs bourses maigres plutôt que de leurs rêves évanouis… quelques plaisirs qu’on leur jette d’un revers de la main méprisant, non pas tant pour les récompenser que pour les distraire.

Je les vois enfin pour ce qu’ils sont, tous uniques dans ce grand défilé bruyant et désorganisé, tous auréolés de leur espoir renaissant. Reprenant forme humaine, réinvestissant leur singularité. Comme un sursaut vital, comme les contractions nécessaires à la naissance du nourrisson, comme les hoquets fiévreux expulsant la maladie.
Je les regarde s’amasser autour d’un feu, comme l’ont fait tous les hommes depuis l’aube de l’humanité. Se réunir pour se tenir chaud, pour se rassurer, pour survivre. Je les regarde se préparer, se réparer, se bagarrer, encore et encore, fiévreux et courageux. Je les regarde rire, pleurer, hurler, s’épancher… et à nouveau j’ai foi.

Qu’y a-t-il de plus beau qu’un homme qui se redresse ? Qu’y a-t-il de plus important qu’une cité qui s’ébroue ? Et si pour se faire il faut choisir son camp, alors choisissons, quitte à se tromper parfois, quitte à déraper, à se laisser entrainer.
Le mot "violence" n’aura jamais autant nourri les médias, ces bavards sans âmes qui se repaissent de la moindre étincelle. La violence que pourtant, le peuple subit depuis tant d’années sans que ceux d’en haut n’en ressentent d’émotion. La violence intolérable faite au misérable à qui l’ont fait croire qu’il a mérité son sort.
Cette violence qui rebondit dorénavant et explose aux yeux de tous, aux yeux surtout de ceux qui ne voulaient pas voir.

Et quelle hypocrisie d’imaginer qu’il aurait pu en être autrement ! Quelle fourberie d’appeler au calme, à la raison, à l’apaisement ! Lorsqu’on humilie jusqu’à la lie le cœur même d’une nation, on ne doit pas s’étonner que celle-ci finisse par gronder puis exploser ! Lorsqu’on affame, qu’on bâillonne, qu’on menace, on doit s’attendre à une rébellion.
Ne reproche-t-on pas aux victimes de viol de ne pas assez se débattre ? Supposant qu’elles l’ont peut-être bien cherché, qu’elles ont peut-être même apprécié ?
Voudrait-on cela du peuple ? Qu’il se fasse violer silencieusement ? Gardant aux lèvres un sourire policé pour ne pas déranger ?

Je les regarde ces gens, tenaces, de tous les bords, de toutes les confessions que l’espoir rassemble, et je sais, tout au fond de moi qu’il faudra bien plus que de belles paroles pour leur faire lâcher cette corde vivace ! Il faudra bien plus que de vaines promesses pour les renvoyer dans le sombre couloir dont ils ont su s’extraire.
Il faudra bien plus que des politiciens indolents, des casseurs virulents, des citoyens tremblants.

Il faudra bien plus que le roi à sa fenêtre entouré de sa cohorte de courtisans.

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