Lettre ouverte aux commentateurs moralisateurs

A toutes celles et ceux qui viennent haut et fort inonder mon espace de leur venin sans humanité sans chercher à savoir qui je suis derrière mon écran, qui se moquent du sujet sensible que je traite et de l’engagement qui est le mien… A toutes celles et ceux qui s’imaginent porteur de la seule vérité qu’ils entendent m’inculquer de force si besoin… A ceux-là je voudrais dire que je vous plains.

Théo et Valérie Théo et Valérie
Depuis 5 ans maintenant, je tiens ce blog dont la majorité des textes a pour sujet l’autisme, et plus précisément, l’autisme de mon fils Théo et de la vie de notre famille à ses côtés.
Médiapart m’offre souvent les honneurs de ses Unes et cela me touche, à chaque fois. Je les en remercie.
J’écris à visage découvert, c’est mon nom qui apparaît ici, c’est ma photo sur mon profil.
Avec l’accord de Théo, je publie également des photos de lui ainsi que des petites vidéos. Théo a l’habitude puisqu’il a été le sujet de 2 films, de 2 livres et d’un portrait sur TF1. Il participe parfois avec moi lors de conférences pour lesquelles je suis invitée à témoigner en tant que mère, mais aussi en tant que professionnelle puisque je suis formatrice pour les professionnels ayant en charge les personnes autistes. Son image publique ne le dérange pas, et, à l’inverse, il est assez fier de participer à changer la vision du monde à propos de l’autisme.
Donc, merci de cesser de venir hurler au scandale dès que je publie une photo de lui ou de m’encourager à consulter un psy.
Ça, c’est dit.

J’ai pris le parti d’ouvrir les commentaires à chacun de mes textes afin de permettre les discussions et je prends la peine de répondre à chacun d’entre eux, c’est la moindre des choses !
J’estime que le partage ne s’arrête pas au fait de poser des mots, mais bel et bien de les croiser avec ceux des autres. C’est ainsi que je fonctionne. C’est ainsi que je conçois mon blog, qui ne se nomme pas "Des Mots Libres" pour rien.
L’immense majorité des commentateurs est bienveillante, courtoise, empathique… et c’est un réel soutient pour moi, qui aborde des sujets sensibles et personnels. Parmi eux, certains sont, ce qu’on nomme aujourd’hui, des amis virtuels. Quand ils apparaissent sur mon blog, c’est avec beaucoup de délicatesse, de politesse, d’intelligence et de sensibilité. Ça ne veut pas dire qu’ils sont toujours d’accord avec moi ! ça veut dire qu’ils sont capables d’en discuter en toute amitié.
Mais il y a les autres. Une poignée en vérité, mais symptomatique de notre société où la parole brutale s’est décomplexée au long des réseaux sociaux et des pseudos, ces maquilleurs d’identité.

De la vague insulte bas de gamme aux longues tirades moralisatrices, j’ai eu mon lot de remarques désobligeantes. C’est comme ça, je dois l’accepter. Dès lors que j’écris en public, je dois m’attendre aux réactions du public, c’est la règle du jeu il me semble.
Pourtant, il y a ceux pour qui, non, décidément, ça ne passe pas. Avec eux, pas de recul possible, car ils sont la plaie, le boulet, la croix, la boue… tout à la fois et je refuse de faire comme s’ils n’existaient pas.
Ceux qui, tous gonflés de leur auto-suffisance, viennent cracher leur morale issue non pas de leurs réflexions, mais des innombrables lectures dont ils se sont abreuvés et de la traduction qu’ils en ont, peut-être pour remplir le vide abyssale de leur propre conscience.
Ceux qui citent les philosophes, les scientifiques, les psychologues ou même les saintes écritures afin de mettre à mal les tentatives de réflexion que je souhaite partager avec mes lecteurs. Des diatribes sans âmes qui ne servent pas à ouvrir le dialogue, mais à rabaisser, à enfoncer, à faire disparaître ce qu’ils ne supportent pas, ce qu’ils craignent plus que tout : La liberté de penser.

A toutes celles et ceux qui se croient indispensables, qui viennent haut et fort inonder mon espace de leur venin sans humanité, qui ne cherchent pas à savoir qui je suis derrière mon écran et de l’impact que peuvent avoir leurs commentaires, qui se moquent du sujet sensible que je traite et de l’engagement qui est le mien… A toutes celles et ceux qui s’imaginent porteur de la seule vérité qu’ils entendent m’inculquer de force si besoin… A ceux-là je voudrais dire que je vous plains.

Je vous plains d’être obligés d’emprunter les mots des autres pour exprimer une pensée que vous ne parvenez pas à formuler. Je vous plains d’être obligés d’investir l’espace d’une autre pour avoir le sentiment d’exister. Je vous plains de ne jouir qu’en détruisant ce que vous n’avez pas, de vous complaire dans la boue de mots ronflants et malveillants. Je vous plains.

Vous me faites souffrir parfois, prenez ça pour une victoire si vous le voulez, je vous l’offre sans souci. Mais la plupart du temps, vous renforcez en moi ce besoin d’approfondir ma pensée, ma posture, ma capacité à dialoguer, à partager… Je me hisse sur votre petitesse, je m’extirpe de votre bassesse. Plus vous venez habiter cet espace putride et plus j’éprouve le besoin d’y faire entrer de l’air frais.

Lorsque dans une tentative désespérée de me faire réagir afin de faire perdurer cette illusion de vie, vous m’accusez de refuser le dialogue, de ne supporter aucune critique… Lorsque vous parez vos excréments textuels de qualificatifs tels que : "Remise en perspective", "tentative de relever le niveau", "volonté de me sortir de ma naïveté, de ma candeur" voire même parfois "d’inquiétude pour moi ou pour mon fils"… Lorsque vous vous parez des pensées de Lacan, Spinoza, Paul Valéry, Freud ou autre penseurs dont vous détournez les propos à votre service… vous ne faite que vous éloigner toujours plus loin de moi.
Je n’ai pas besoin, je n’ai pas envie, je ne suis d’ailleurs pas capable d’explorer et d’analyser les écrits des grands penseurs de ce monde, je n'ai jamais eu cette prétention, et d'ailleurs, ce n’est pas le but de mon blog.
Ce que je fais, c’est déposer sur la toile le fruit de ma propre réflexion, de mon vécu, de ma souffrance, de mes défaites et de mes victoires. De ce qu’il me semble avoir compris d’un société qui exclue ses enfants différents et isole les familles qui refusent de se conformer. Je parle aussi de mon cheminement personnel, en tant que mère, mais aussi en tant que femme, en tant que citoyenne.
Je pose sur la toile ma vie… et vous, comme des parasites, sautez dessus à pieds joints, et j’entends, par-delà vos mots, vos petits ricanements médiocres et votre sentiments de supériorité…

C’est à vous que je parle, et pas à d’autres. A vous que j’écris pour dire que chacun des mots que vous posez chez moi témoigne de votre bassesse et que si je ne vous réponds pas toujours, ce n’est pas parce que je ne sais plus quoi dire ! Ce n’est pas parce que mon orgueil est touché (vous l’aimez bien cette vilaine excuse) et ce n’est certainement pas parce que vous m’avez convaincue ! Non, si je ne vous réponds pas, c’est parce qu’il y a une chose en moi que je ne vous laisserai jamais abimer : Mon énergie.

Un billet pour vous donc… faites-en ce que vous voulez, car voyez-vous, là encore, j’ouvre les commentaires. C’est ce que je suis, ne vous en déplaise.

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