Cameroun, bis repetita

Comme tous s'y attendaient, Camerounais et étrangers, le président sortant Paul Biya a été réélu pour un énième mandat. Dommage, car les aspirations de la population, jeune en majorité, va bien au-delà du train-train que propose ce vieux dirigeant. Mais le parti qui le porte est le premier dans le pays, et le mieux organisé.

Il a 85 ans mais s’adapte à la modernité : Paul Biya, président sortant du Cameroun, a twitté le 13 juillet dernier : « Je serai votre candidat à la prochaine élection présidentielle », en l’occurrence celle du 8 octobre 2018. La comparaison numérique avec son homologue américain Donald Trump s’arrête là : les 350 000 abonnés du premier ne pouvant rivaliser avec les 54,5 millions du second. Après trente-cinq années de pouvoir, malgré une contestation de plus en plus vive et la présence d’opposants de mieux en mieux outillés pour la compétition, il s’est représenté sans inquiétude pour un septième mandat. Paul Biya est en effet la vraie et seule incarnation du très puissant Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), formidable machine électorale et formation politique la mieux implantée sur toute l’étendue du territoire : elle détient 148 des 180 sièges de l’Assemblée nationale et 81 % de ceux du Sénat. Bien que peu présent sur la scène nationale, Paul Biya perçoit les bénéfices d’une économie en relative bonne santé : + 3,7 % de croissance en 2017, investissements en hausse et bonne production pétrolière. En revanche, près de 40 % de ses concitoyens vivent encore sous le seuil de pauvreté et, surtout, la crise est toujours en cours dans les régions anglophones.

Cette affaire complexe a été particulièrement mal gérée : aux méthodes brutales des uns a répondu une répression féroce des autres qui n’a fait qu’attiser le conflit. Celui-ci plonge ses racines dans l’histoire de décolonisation allemande après la Première guerre mondiale et l’administration de ces populations. Autant dire que la revendication séparatiste n’est pas liée uniquement au sentiment de marginalisation d’une minorité, mais bien plutôt à la forme actuelle de l’État camerounais, la qualité de sa gouvernance et la place des anglophones dans l’appareil d’État. Soutenus plus ou moins ouvertement par les populations locales, qui voient en eux des cousins, des voisins ou des membres de leur communauté, aidés par la diaspora aux États-Unis, en Grande Bretagne voire en Afrique du Sud, alimentés en armes et munitions par les Nigérians, les irrédentistes se présentent en groupes fractionnés, affaiblis par la présence de bandes criminelles qui profitent de la situation et multiplient attaques et embuscades dans une région boisée qui y est particulièrement propice.

En 2008, la situation sociale tendue à l’extrême par les « émeutes de la faim », qui avaient fait 140 morts, n’était pas parvenue à empêcher les Parlementaires de voter la réforme constitutionnelle supprimant la limitation du nombre de mandats présidentiels. Dix ans plus tard, Paul Biya continue à être vu comme un rempart contre la déstabilisation du pays. Mais peut-t-il être à la hauteur de cette situation nouvelle ?

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