Depuis Toulouse, l'Acte XXII agité des « gilets jaunes »

« Tous à Toulouse ! » était le mot d'ordre de l'acte XXII des « gilets jaunes », hier 13 avril. Parfois, un mot est employé à contresens ou de manière abusive mais hier, l'occurrence « nasse » qui circulait abondamment parmi le cortège disloqué correspondait bien à la réalité : les manifestants et observateurs ont été traités comme des animaux.

Le brouillard se fait dense en cette radieuse après-midi de printemps toulousain. © Alain Pitton Le brouillard se fait dense en cette radieuse après-midi de printemps toulousain. © Alain Pitton

Les Mots dits / Nasse

Nasse : XIIe siècle, du latin nassa : engin de pêche, panier oblong en osier, en filet, ou treillage métallique. C'est aussi un filet pour la capture des petits oiseaux. (Petit Robert)

C'est vrai que l'excitation montait à l'approche de ce 22e samedi de manifestation chez les « gilets jaunes », gonflés à bloc par la grossière usurpation par le gouvernement du Grand débat (pour ne pas parler de détournement ou de mensonge, tel que l'a révélé France Info : rajout de 260 000 contributions fictives, sous-estimation volontaire de la demande du retour de l'ISF, etc.), par le silence médiatique sur le cas de Geneviève Legay, par le vote et la promulgation express de la loi anticasseurs, par les arrestations et condamnations à tour de bras et les interdictions de manifester de facto (en interdisant les lieux emblématiques de manifestation). Le chiffre de 15 000 participants attendus avait même été lâché par la Préfecture de la Haute-Garonne. De fait, malgré les contrôles en amont, les drapeaux, slogans, et gilets témoignaient de nombreux participants venant de toute la France rejoignant ceux d'Occitanie.

Les autorités ont-elles voulu couper court d'entrée au potentiel succès de ce samedi ? Les forces de l'ordre ont-elles pensé couper l'herbe sous les rangers des blacks blocks bien présents eux aussi ? Toujours est-il que la manifestation pacifique a duré 30 minutes et 300 mètres. Un record. La CGT et Sud qui avaient eux obtenu l'autorisation de défiler sur un parcours déclaré n'ont pas même eu le temps de rassembler leurs troupes. Au premier fumigène inoffensif répondent les premiers tirs de gaz lacrymogène et la première nasse est mise en place. Le jeu, un rien sadique, consiste à piéger les gens sur un carrefour ou une section de boulevard puis à crier « dispersez-vous ! » en arrosant de gaz, de grenades assourdissantes et d'eau sous pression. Oui, mais par où se disperser quand l'endroit est fermé ? Et puisqu'un certain nombre de manifestants têtus reforment des groupes ailleurs dans la ville au lieu de rentrer regarder la télé ou faire les magasins, on recommence. On fait pleuvoir les galets gazeux et les grenades de décencerclement. Comme jamais, comme on étouffe les poissons dans leur joli panier oblong en osier.

Et plus l'après-midi avance, plus les menaces et humiliations se multiplient : insultes, journalistes bousculés, membres de l'Observatoire des pratiques policières* (OPP, composé d'avocats du Syndicat des avocats de France, de volontaires de la fondation Copernic et de la LDH) intimidés. En soirée, les coups pleuvent, quatre avocats de l'OPP sont matraqués, des équipements de protection arrachés et détruits, au moins 4 blessés sont évacués par les pompiers, une femme enceinte est renversée par les CRS, ou la BAC, ou les CSI sans même qu'ils se retournent, une petite fille de 5 ans est perdue dans la confusion par ses parents qui ne participaient pas à la manifestation. Un photographe se fait mettre au sol, frapper puis embarquer par la BAC, son matériel confisqué. Un autre photojournaliste reçoit un coup de poing. Un médic et un membre de l'OPP, blessés, sont emmenés à l'hôpital, un groupe des secouristes volontaires toulousain est menacé d'arrestation, leur matériel est confisqué, un camion de pompiers est bloqué par les policiers qui refusent qu'ils interviennent. Des gaz saturent l'air, les coups sont distribués gratis.

L'intimidation et la peur sont, semble-t-il, la tactique du moment. Assommer de violence ceux qui voudraient exprimer leur opinion ou protester dans la rue. Les « gilets jaunes » ont été traités comme des animaux par des policiers et gendarmes aboyant avec la force de ceux qui se savent impunis : « la loi c'est moi, connard. » Hier, nous avons assisté à des comportements que l'on pourrait qualifier de bestiaux de la part des forces de l'ordre. Mais on ne va pas mettre tout le monde dans le même panier oblong en osier, n'est-ce pas ?

 

* L'Observatoire des pratiques policières donne une conférence de presse le 17 avril à 10h30, 2 rue Saint-Jean à Toulouse.

 

Bilan officiel à Toulouse : 21 blessés évacués, 43 arrestations.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.