BENALLAGATE

A part du pain et des jeux, le peuple peut-t'il aspirer à autre chose que ce miroir aux alouettes agité en boucle sur ce nouveau monde digital ? Quelle est donc cette République que l'on nous promet ?

img-20180801-0005

 

Cette fois, le roi est nu


C’était jeudi, à Périgueux. A un journaliste qui lui demandait si la République n’était pas entachée par cette inimaginable affaire Benalla, Emmanuel Macron a répondu « la République est inaltérable ». Ainsi donc aux dissimulations énigmatiques, aux faux-fuyants, aux dénis répétés, aux inconséquences juridiques avérées, notre président ajoutait une contre-vérité. L'histoire nous prouve, en effet que ladite République peut se trouver gravement« entachée », comme le sont ceux qui avaient pour vocation de l’incarner.

De ce point de vue, nous pensons à la face la plus noire du gaullisme: le Service d'Action Civique (SAC), cette police parallèle instaurée de 1962 à 1982 par des fidèles du général, et qui dériva vers le banditisme. Fol épisode ! Et retour au «monde ancien ». Il devrait rendre prudents les dirigeants d'aujourd'hui. Notre jeune président, lui, n'est pas inaltérable. La preuve ! Quelques jours après le joyeux triomphe de la Coupe du monde de football, quand la France entière s'enthousiasmait pour les Bleus, Emmanuel Macron tira subitement le tapis sous nos pieds.

Du bleu de la victoire, on passait au noir de la honte. Et une chape de plomb s’abattait sur le pays. Des syndicats de police aux parlementaires, des magistrats aux ONG, des élus locaux aux militants politiques, les Français éberlués tentaient de comprendre l'incompréhensible. Qu'arrive t-il à ce garçon qui nous gouverne ? Il est déjà altéré, comme le sont la parole publique, la confiance, la vertu, la dignité politique. A ce stade, la question n’est plus politique. Elle devient éthique et civique.

Pourrions-nous, demain, prendre au sérieux les responsables de l’exécutif et garder le respect que nous devons à la fonction présidentielle ? Pouvons-nous « excuser » une boulette de cette taille ? Le plus décourageant, c’est qu’elle n’est pas ma première du genre.Si les « petites blagues »-de François Hollande étaient devenues méthodiques, les gaffes - petites et grosses - d'Emmanuel Macron font système. On connaît même le tempo de ce balancement récurrent. D'abord, un magnifique discours, abreuvé aux meilleurs auteurs, se référant à la sagesse antique ou à la voyance poétique, très « normal sup », au fond. Tout de suite après, une saillie inattendue qui vient ruiner la belle prouesse oratoire.


La chronique du quinquennat garde en mémoire une bonne vingtaine de ces étranges vacillations présidentielles. Elles altèrent peu à peu         l‘image du président. En  tout cas au sens étymologique du verbe, du latin « alterare »:rendre autre, et par extension abîmer, corrompre, falsifier. À chaque fois, l'altération est minuscule invisible à l'œil nu. Répétée, elle devient conséquente, et parfois énorme, comme cette affaire Benalla.

Ajoutons que si le propre de la responsabilité présidentielle, c'est de choisir, alors les choix personnels du président ont souvent surpris. Je pense à celui de Bruno Roger Petit, nommé en septembre 2017 porte-parole de l'Élysée. Dans la profession, à tort ou à raison, ce confrère n'a jamais été « reconnu »,y compris-au sein de la rédaction de I ‘hebdomadaire Challenge qui I ‘employait. Ses confrères acceptaient mal ses complaisances répétées pour le candidat Emmanuel Macron.

Jusqu’à présent on n'avait guère entendu ce porte-parole, éclipsé qu'il était par l'ancien socialiste Christophe Castaner, nommé porte-parole lui aussi. Cette fois pourtant, c'est Bruno Roger Petit que le président désigna pour répondre aux soupçons liés à I ‘impéritie désastreuse d'Alexandre Benalla. Il le fit derrière un pupitre, avec solennité, et fit plutôt rire les commentateurs.

Mais alors ? Les citoyens doivent-ils et peuvent-ils se transformer en psychologues ou en psychanalystes ? A défaut de vrais débats politiques devront-ils se contenter de médiocres potins « pipoles » sur celui qui fut un candidat plus agile et plus inventif que l’actuel locataire de l’Elysée ?

Ce serait, du coup, une « altération » malvenue de la République elle-même.

jean-claude-guillebaud

 

Jean-Claude GUILLEBAUD

Sud-Ouest 22 juillet 2018

 

 

 

 

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.