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Je ne suis qu'un rêveur...

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Billet de blog 1 décembre 2025

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POCHOIRS ET POÉSIE

« Vous reprendrez bien une ligne de poésie. »

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Illustration 1

Aux heures creuses de la nuit où les chats de gouttière se muent en mistigri, les derniers noctambules filent à travers le dédale obscur des ruelles étroites avant que ne pointe la clameur de l’aube. Accablée de sommeil la ville encore endormie se repose sur ses deux oreilles. D’une agréable douceur un châle noir recouvre la chair nacrée de ses frêles épaules.  Le reflet de ces splendeurs se perd dans une confusion de rêves puérils confinés au creux de l’oreiller.

Au milieu d’encombrants régulièrement prospectés par de besogneux maraudeurs, deux bombes de peinture aérosol abandonnées à la détresse de leur sort. Une de rouge, une de noir. Maigre filets de couleurs entremêlés aux gouttes de pluie. Indices révélateurs d’une entorse à la morale, exécutée à la sauvette au hasard de mystérieuses dérives noctambules.

Imprimé au pochoir, l’univers pictural qui recouvre les murs aguiche le chaland en mal de sensations fortes. Au chant du coq , à grands coups de karcher l’escouade du propre aura sitôt scellé le destin de l’œuvre éphémère. Les municipaux à pied d’œuvre. Véritable labeur de Sisyphe.

Bien que partie intégrante du paysage urbain, colorant les murs de nos villes et offrant parfois un regard décalé sur la société contemporaine, tags et graffitis sont considérés comme des actes de vandalisme.  Sorte de défiance envers la société le street-art bouscule toute perception visuelle.

Malgré l’imparable censure, besogneux dans l’âme le papillon de nuit poursuit sa quête. Dès l’agonie du jour, à l’abri des regards et des patrouilles, se faufilant entre les ombres une silhouette fluette arpente le dédale urbain. Personne en  vue, aussitôt dit, aussitôt fait. Rapidité d’exécution et maîtrise du sujet. Bravant l’ordre établi elle façonne ainsi sa propre  légende urbaine.

Minutieux, le trait révèle de l’audace, tandis que les murs nus se parent de l’éclat du temporaire. Une autre ruelle, un autre rempart, une autre porte cochère, un autre support décrépi, à chaque fois une autre épreuve au coin d’un réverbère que les plus chanceux apercevront peut-être au détour des fragrances de croissant et de pain chaud . Graffer en coup de vent puis s’évanouir à pas de loup. Vertige esthétique au style novateur.

"Je me suis dit : d’abord j’écrirai des poèmes. Ensuite : il faut des images avec les poèmes. J’ai commencé par des autoportraits, puis j’ai continué avec d’autres femmes."

Net, précis, incisif, sous les nuées du gaz propulseur le style s’affine et prend forme rendant grâce aux héroïnes graphiques dont les contours s’accentuent sous l’art des contrastes. Pochoirs de longues silhouettes brunes, slogans poétiques et percutants. Uppercut d’avant garde féministe, entre insouciance et provocation.

Chaque matin de nouvelles apparitions disséminées ça et là dans le dédale des ruelles transforment la cité en gigantesque galerie à ciel ouvert. Au bas de chaque partition cette mystérieuse signature qui sous couvert de jeu de mots dévoile un pan d’anonymat. Figure emblématique surgie de la nuit, exhalée par une force invisible. 

« Il n'y a plus que le fisc et les flics qui connaissent ma véritable identité. » 

Pêle-mêle l’œuvre de Miss Tic, parsemée d’insolentes pochades de jeunesse, utilise son talent comme vecteur de rébellion. Impertinente elle bouscule la fable du monde à coups de griffes à consonance politique. D’un ton singulier à propos des thèmes féministes, sa poésie de l’instant bouscule les codes de la bienséance.

Pionnière de l’art urbain, bien avant Bansky, elle n’a cessé de défricher les premiers arpents de ce terreau fécond, martelant les mêmes idées avec humour et dérision. Au travers d’un style inimitable, son œuvre souffle un air de révolte qui témoigne d’un engagement à la prétention de ses idéaux. Poétesse de la nuit, artiste de la cité.

«  Pas d’idéaux / juste des idées hautes. »

Au détour d'une rue ou d'un mur de la ville lumière, les œuvres de Miss.Tic —Radhia Novat — bousculent le quotidien. Inégalable griffe qui révèle la présence de l'artiste, disparue en mai 2022. Depuis Le 7 juin 2024, le square Saint-Médard de la rue Censier du 5 ° arrondissement porte son nom. Des frissons tatoués sur la peau des souvenirs.

«  Je n’avoue pas, je me déclare. Oui, je me suis fait un nom, MISS TIC. Une nuit au pied du mur, j’ai refusé les yeux ouverts ce que d’autres acceptent les yeux fermés. »

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