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Bien que sa majesté trône fièrement sur la grand place, rares ceux qui s’y attardent , l’instant d’une candeur. Sans le moindre regain d’attention, tête baissée, le regard happé par leur miroir de poche, voilà qu’ils filent goûter aux frissons d’adrénaline, insensibles à la bénigne poésie qui enrobe l’ordinaire de chaque jour.
Omniprésente l’image a pris le pouvoir sur la capacité à rêver, à s’émerveiller de la fragilité de l’instant, l’essentiel compilé en ce concentré de technologie. Pris dans la nasse, impossible de débrancher. Compulsive addiction. Symptômes des temps.
Mis en terre par de petites mains d’écoliers, le jeune plant, tout aussi frêle que vivace, s’accroche tant bien que mal à son tuteur honoraire. Il est vain d’espérer s’abriter bientôt sous son feuillage. Face à tant de sollicitude son destin semble voué à de nobles intentions qu’aucun vent ne saurait contrarier. Pour l’occasion une plaque de granit à été déposée, témoin de cet événement elle laisse aux générations futures une trace indélébile.
Au fil des ans l’arbuste a pris l’ampleur de son âge adulte. Luxurieusement épanoui il fait la fierté des tourtereaux en herbe, qui à la belle saison y trouvent refuge pour déclarer l’éternité de leur flamme. Selon la tradition ancestrale, chaque renouveau il enfile sa plus belle parure ourlée de chlorophylle. À foison les oiseaux de passage y confectionnent le nid douillet de leurs prochaines progénitures. Entre piaillements et battement d’ailes la vie s’infiltre entre les reflets de la poésie.
Tandis que les passants, sans cesse pressés, ne font que passer, pourchassés par les vents de contrebande. Engoncés à l’arrière des persiennes les lueurs du jour déclinent à grand peine. Une à une elles s’enfoncent doucement dans la bohème de la nuit. Suspendue entre les constellations la galerie des songes, prompts à esquisser moult chimères de cinéma muet.
Au pied de l’arbre de paix, symbole de longévité et de résistance, le linceul d’automne étalé sur l’herbe perlée par la rosée du petit matin. Fraîchement dépouillée sa ramure laisse paraître l’ample silhouette érigée en délicat apparat d’automne. Perpétuel déclin des jours ordinaires.
Pêle-mêle, dépouillés de fioritures, mille écus d’or rompus au silence, déposés par la piété divine. Signe de prospérité depuis la nuit des temps, Ginkgo Biloba, un mythe débuté il y a 200 millions d’années. Ci gît la folie des hommes emprunts à l’ivresse de la démesure. Hiroshima mon amour. 16 août 1945. Visages disparus dans l'obscurité.
Prochain printemps, emplie de milliers de petites choses la vie renaîtra de ses cendres. Phoenix aux ailes de papier face à l'indéniable beauté du monde. Seul le vent pour emporter les murmures de silence au loin du ciel vide.