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Je ne suis qu'un rêveur...

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Billet de blog 5 janvier 2026

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VAGABOND D’ÂME V

« Suspendre le temps, figer le présent, l’espace d’un matin printanier, pour pétrifier les démons de la frénésie. » Christian Crossman

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Illustration 1

FRÉNÉSIE

Certains jours de flâne l’immensité du ciel irisée de marbrures diaphanes, reflète son halo parmi l’enchevêtrement des fleuves de glace. Comme un côté sauvage qui dans les profondeurs déclame les plaintes étouffées d’imperceptibles fêlures. Lignes d’horizon en état d’ébriété.

Face aux tourments des crépuscules Nils perpétue ses traits de plume, labeur de calepins à étayer les pages du temps. Ici s’est arrêtée sa course effrénée, suspendue à la profusion de fjords festonnant le littoral. Instant frivole au cœur de l’abondance entre silence et recueillement à contempler le vol des mergules de la nuit arctique. Et l’astre fringant qui refuse assidûment de se coucher.

Regard vers l’inconnu. Rivages sans nom. Terre anonyme où s’échoue la clé des songes. Associé à cet impérieux besoin de bouger voilà que se manifestent les impatiences de la nuit, et cette irrépressible envie de repartir, de filer droit au vent. Pas question de s’éterniser plus longtemps. Le voyage imprime le mouvement, la fluidité d’exister, l’empreinte des pas. S’éclipser au plus vite avant que les au revoir n’entravent sa prise de décision. Ailleurs d’autres perspectives, d’autres possibles, d’autres traits d’union.

Depuis qu’il a entrepris ce tour du monde l’envie d’aller bien plus loin se fait encore plus pressante. Urgence à vivre, comme si son destin dépendait de la suite des aventures. Lui, resté si longtemps reclus  en son hâve de paix, perçoit à présent cette sensation d’appartenir à la grande famille des humains, citoyen du monde à part entière. Sentiment d’une nouvelle ferveur. 

Sans préjugés, sans état d’âme, une nouvelle philosophie qui le pousse à se dépasser, à se surpasser. Lui, solitaire affirmé savoure désormais les replis de ce nouvel univers. Parfois on s’accroche à ses convictions comme une moule à son rocher, puis au fil des marées on finit par prendre la mer, porté par une vague différente des autres. Celle que l’on attend sans jamais oser la chevaucher.

En fin de compte le monde s’affirme bien moins vaste qu’il ne paraît. Comme quoi  certitudes et convictions ne se révèlent guère bonnes conseillères. Une vie toute entière ne suffit pour tout appréhender, pour tout comprendre. Tant de détours pour apprivoiser les forces vives qui nous bousculent, qui nous étreignent sans vergogne. Une épreuve riche d’enseignements.

Ici, mieux qu’ailleurs la voûte du ciel en guise de toit, la fraternité des peuples pour seul abri.  Un peu plus loin l’appel des monts célestes. Le voyage ne fait que commencer. Aussi tortueux soit-il chacun trouve un jour son chemin. Où que s’abîment les souvenirs de l’existence. Où que s’étiolent les processions d’étoiles. Où que filent les songes éthérés. Une rêverie à partager.

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