vent d'autan
Je ne suis qu'un rêveur...
Abonné·e de Mediapart

204 Billets

5 Éditions

Billet de blog 5 déc. 2022

vent d'autan
Je ne suis qu'un rêveur...
Abonné·e de Mediapart

LE CIEL PEUT ATTENDRE

" Il n'est point de rigueur efficace si, une fois le porche franchi, les hommes dépouillés d'eux-mêmes et sortis de leurs chrysalides ne sentent point ouvrir en eux des ailes. ". Saint-Exupéry

vent d'autan
Je ne suis qu'un rêveur...
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Illustration 1
La voie © Vent d'Autan

Pris dans l'ampleur des tâches accumulées, la procrastination un temps assumée débordait aux alentours, faisant fi de toute posture favorable à l'entendement. A force de dresser ça et là des sommités de listes pour dépasser les tracas du quotidien, la trame prenait des ampleurs de travaux herculéens. Comme s'il fallait nettoyer les écuries d'Augias à la seule force d'une brosse de crin.

Sorti des griffes d'un hiver rigoureux, les prémisses printanières annonçaient la clémence d'une douceur favorable. Armé de bonnes intentions, le chantier à venir fredonnait des airs de jouvence. Au seul nom des arts et des patines qui se jumellent, sans aucun doute que l'on puisse changer la vie en couleurs.

Illustration 2
Huile de coude © Vent d'Autan

Pas le moindre souffle de vent pour contrarier les velléités. Ni trop chaud, ni trop froid, température et hygrométrie idéale, juste quelques rayons de soleils dardant ses traits lumineux. Une fois les contrevents déposés de leur laborieuse posture, le chantier à venir n'était plus qu'une évidence, simple besogne de rénovation, dur labeur de maturation. De quoi pleinement occuper de longues journées.

Cale et papier à poncer, feuilles abrasives, gros grain, grain moyen, grain fin. La tâche semblait bien plus ardue que l'étendue des flétrissures, signe de la vétusté des temps. Patinés sous la véhémence des intempéries, les panneaux ajourés garants de toute indiscrétion parés pour une nouvelle heure de gloire. 

Une dose de bonne humeur, du cœur à l'ouvrage, pas mal d'huile de coude, de quoi s'attaquer à ce chantier maintes fois repoussé aux calendes grecques. Il n'en fallait pas plus pour démarrer sur les chapeaux de roues. Loin d'être anodine, tout à coup la besogne prenait des airs de profonde métamorphose au sortir de la chrysalide. 

Là où l'on est, à l'endroit et au moment où l'on se doit d'être, pleinement conscient de ses actes. Rien ne semblait pouvoir perturber l'univers du bricoleur à pied d'œuvre. Et pourtant...

Illustration 3
Félicien Camille Henry Gabriel © Vent d'Autan

Portée par la mélopée des soupirs, cette déconcertante sensation de présence, impression de cette proximité d’un proche au bout des lèvres.  Stimulus vécu comme une réalité peu ordinaire, à la frontière d’autres mondes. Trouble de la perception. Genèse de confessions d’alcôves.

 - Tiens donc, papy. Quel bon vent t’amène ? Hum….

 - Aurais-tu suivi le sillage de l’Autan? Hum, hum.

 - C’est bien la toute première fois que tu viens par ici. Tu me sembles bien loin de chez toi. Te serais tu perdu en chemin ? Je passais par là….

 - Ne reste pas planté là. Approche que je te voie d’un peu plu près, que je profite un peu de toi. Il y a si longtemps ! Le temps d’une éternité.

 - Cela me fait vraiment plaisir de te retrouver. Je suis tout de même étonné de ta présence en ce lieu. Je voulais voir où tu as choisi de poser tes valises.

 - Alors profite du cadre. Tu as de la chance aujourd’hui le jardin s’est paré de ses plus beaux atouts. Je vois, ça me semble bien grand. Je vais y faire un tour.

 - Prends tout ton temps. Fais comme chez toi. Tout au fond, à l’avant des grands bambous, tu verras, il y a un potager. Un peu comme chez toi. Soupirs….

 - Joli coin de verdure. Cet endroit te ressemble tant. L’atmosphère des lieux me rappelle la quiétude de mon hameau quand tu venais y passer les vacances. Je m’en souviens, comme si c’était hier. Ce sont les meilleurs souvenirs de mon enfance. Mais depuis que tu n’es plus là, je n’y suis jamais revenu.

- Je sais. Parle-moi un peu de ta famille, de tes enfants. Les deux grands sont déjà partis. A présent ils volent de leurs propres ailes. Il nous reste la petite dernière qui grandit à vue d’œil. Le temps passe si vite !

 - Je n’ai pas eu l’occasion de les rencontrer mais rassure toi je les connais…Il y a bien longtemps que tu es parti à la lisière du monde. Déjà quelques décennies. A l'époque j'étais encore bien loin d'un jour donner la vie.

Illustration 4
© Vent d'Autan

D’un pas nonchalant, sa silhouette s’estompe, en demi-teinte, dissipée dans la trame du tableau bucolique. Tout seul, chacun se tait. Au-delà se déploie l’inhabituelle perception de la présence des esprits. Entre ces deux là s’inventent des relations sans mots, des phrases sans bruit, des mots sans chuchotis.

Difficile de décrire cette évidence qui flotte au delà d’une certaine forme de réalité. Parfois il suffit de se laisser porter dans cette direction, indépendamment de nos décisions. Loin des paravents illusoires. A la porte de ces univers séparés.

Tandis qu’un ange passe dans les éclaboussures du ciel, un long silence balaye les hésitations. Aussi vertigineux que puisse en être le sens, existe–t’il vraiment des univers parallèles, juxtaposés sans rien de commun entre eux ?

Illustration 5
Textures © Vent d'Autan

- Avec qui tu parlais ? Tu ne vas pas me croire !

 - Pourquoi donc ? C’était mon grand-père.

 - Mais il est mort, depuis longtemps! Je sais bien…

 - Là tu m’inquiètes ! Tu ne me crois pas ? Pourtant je n’ai pas rêvé. Il était bel et bien là, face à moi.

Rêve éveillé, incrédule réalité, quand se fondent et se confondent les mondes pour éprouver soi même quelques interrogations bousculées par la dissonance du plus communs des mortels. Au-delà des portes de la perception, pour réconcilier visible et invisible. Et si la mort n’était plus qu’un leurre…

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans Le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte