GRAULHET : LA GRANDE GRÈVE DE 1910

Retour aux sources d’une grève de 147 jours de résistance et de solidarité. L’inéluctable destinée des ouvrières et des ouvriers moutonniers de Graulhet, petite cité ouvrière du Tarn. Une actualité de tout premier ordre!

En 1910, les mégissiers descendent dans la rue pour demander de meilleures conditions de travail.

Flash-back sur l’épisode douloureux d’un conflit social de grande ampleur dont le souvenir fût estompé par les tragiques évènements de la première guerre mondiale de 1914/1918. Un plongeon en arrière à l’aube du 20° siècle, marqué par la multiplicité des conflits sociaux, dans le passé ouvrier, aux prémices de l’avènement de la révolution  industrielle. Retour aux sources d’une grève de 147 jours de résistance et de solidarité. L’inéluctable destinée des ouvrières et des ouvriers moutonniers de Graulhet, petite cité ouvrière du Tarn.

En 1909, après la mobilisation des délaineurs de Mazamet en début d’année, les moutonniers de Graulhet entrent en grève à leur tour au mois de décembre. Se déclenche alors, l’une des plus longues luttes sociales de l’époque. En effet, pendant près de 147 jours, ouvrières et ouvriers vont se battre pour l’amélioration de leurs conditions de travail. Leur capacité de résistance, l’intervention de Jean Jaurès sur place et à la Chambre des députés, ou encore l’exceptionnel élan de solidarité qui va alors se forger au niveau local comme au niveau national, ont fait de cette grève un événement marquant de l’histoire du mouvement ouvrier en France.

Travail précaire, pénible, dégradant, voir humiliant. Conditions de travail insalubres et dangereuses, labeur de forcenés, le combat du prolétariat face à un système inique, ultraviolent et destructeur, un combat passé résolument moderne qui résonne en écho comme des coups de semonce dans le arcanes notre ère digitale.« Des salaires de famine qui font d’eux des sous-hommes, dans toute l’acceptation du terme »  Jean  Jaurès

Plus que jamais unis dans leur combat, hommes et femmes de Graulhet, ouvrières et ouvriers du Tarn, du Midi et de la France entière, auront par leurs actes, par leur dons, par leurs sacrifices, servis les intérêts de l’ensemble des travailleurs du pays. En refusant leurs laborieuses conditions de travail et en luttant pour leurs droits pendant pas moins de 147 jours,  les mégissiers Graulhétois auront démontré aux forces patronales que la classe ouvrière avait la capacité et l’énergie de se mobiliser pour la défense de son idéal, la justice sociale.

Les conflits sociaux ont toujours été cette indéniable catharsis des racines du mal qui affectent la tragique destinée de milliers d’individus prisonniers de leur destin, cloîtrés dans les classes indigentes de la société. La colère des peuples est à la hauteur des puissances économiques qui les dominent et qui les écrasent de tout leur poids, de tout leur pouvoir et toute leur puissance prédatrice et destructrice sur leur besogneuse vie de labeur de misère. Lassés de courber l’échine, ils finissent par relever la tête et oser s’affronter et se confronter à cet ogre infâme démuni d’humanisme, à l’insatiable appétit, féroce et vorace.

« Qu'on ne nous parle pas de terrorisme ouvrier ! Les ouvriers à Graulhet, hommes et femmes, sont unanimes, absolument unanimes dans la lutte. Je crois n'avoir prononcé aucune parole violente, mais je crois pouvoir dire à la Chambre que tandis qu'on accuse très souvent les ouvriers d'être terrorisés par des meneurs, d'être menés par quelques despotes sortis de leurs rangs, on ne prend pas garde que de plus en plus, dans l'organisation patronale de résistance aux grèves, s'introduisent des mœurs que l'on appellerait despotiques, s'il s'agissait des ouvriers. » Jean Jaurès- A propos de la visite de Jaurès à Graulhet

Les petites mains de labeur des peuples reprennent en main leur propre destinée. Ils ne veulent plus se contenter des quelques miettes qu’on leur grappille outrageusement, ils réclament leur dû, cette part de gâteau confisquée. Et pour cela, il leur faut sans cesse se battre, encore et toujours cette interminable lutte des classes d’hier qui, aujourd’hui s’est transformée en guerre des classes.« C’est ma classe, la classe des riches, qui mène cette guerre et qui est en train de la gagner» Warren Buffet

Donneurs d’ordre, externalisation des services, sous-traitance, intérim, précarisation, Ubérisation, digitalisation, la mondialisation érige en totems de gloire ses remparts d’impérialisme machiavélique, brisant de toutes parts les collectifs, fracturant les corporations, favorisant l’individualisme à outrance tout en précipitant les peuples dans le creux de l’ornière de la pauvreté ; tout en se gardant bien de se mettre à l’abri des grands mouvements de contestation, reléguant la grève dans les oubliettes d’une époque qu’ils voudraient révolue.

La mondialisation a accéléré les inégalités et favorisé les reculs sociétaux disséminant et multipliant fractures sociales et fractures environnementales, reléguant les masses laborieuses au simple rang de pions de ce monde de profit. Son âme souillée exsude le poison, le fiel et le venin révélant  la pestilence de ses exactions. Elle s’empare des richesses, des profits, des idéaux, des idées, des pensées, des libertés, elle n’est plus qu’entrave à tout flux vital comme si le reste du monde se devait d’être qu’une simple valeur marchande.

Au regard de cette vision d’apocalypse, le  progrès social reste en panne, abasourdi par la violence des actes, mais sous les braises le feu couve encore. Sous la houle d’équinoxe, les vagues des grandes marées viennent s’échouer en cœur sur la grève nue, toute notion de temps superflue…

 

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« Venez sénateurs, députés
S'il vous plait prêtez attention à l'appel
Ne restez pas debout devant l'entrée
Ne bloquez pas le hall
Car celui qui sera blessé
Sera celui qui aura tergiversé
Il y a une bataille dehors
Et elle fait rage
Elle fera bientôt trembler vos fenêtres
Et ébranlera vos murs
Car les temps sont en train de changer. »

The Times They Are A Changing - Bob Dylan

 

 

 

NOTES:

La grève de 1910

les ouvrières et ouvriers moutonniers de Graulhet (1909-1910)

Graulhet. Il y a 100 ans débutait la grande grève des mégissiers

QUESTION ET INTERPELLATION CONCERNANT LA GRÈVE DE GRAULHET

«C’est ma classe, la classe des riches, qui mène cette guerre et qui est en train de la gagner»

Bob Dylan - The Times They Are A-Changin'

 

 

 

 

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