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Passé le grand rush cyclothymique des fêtes de fin d'année, sa mission d'intérimaire à plein temps expirait au douzième coup de minuit pétant. Au terme de cette frénésie collective, un peu de repos lui ferait le plus grand bien, loin du ramdam quotidien, en son abri de fortune, espace infini où constellent les Pléiades.
Afin de valider son précaire statut d’intermittent du spectacle (bohémien des étoiles un temps qualifié de non essentiel), en toute bonne foi il avait accepté cette tâche de dernière minute. Tout était allé si vite. Comment avait-il pu basculer de la sorte, au point de se glisser corps et âme dans la peau de ce personnage à l’exubérance fantasque, qui au faîte de la Nativité prenait la poudre d'escampette ? Certainement point l'appât du gain et encore moins quelconque vocation votive !
Colporteur de belles paroles, de cette voie qui s’approche et nous frôle dans la nuit, il pensait pouvoir raconter des merveilles d’histoires aux petits enfants ébahis. Prenant la pose à longue de journée, dans ce rôle de composition il s’était contenté de faire figuration jusqu’à se faire tirer le portrait au cœur de cette grotesque mise en scène.
En fin de conte, la magie de Noël n’est ni plus ni moins qu’un funeste leurre commercial. Simulacre d’apparence trompeuse et faux semblants méticuleusement orchestrés. Bide assuré, assumé. Jurant que l’on ne l’y reprendrait plus, d’un air dépité il avait ôté costume rouge et fausse barbe, jusqu’à perdre de son embonpoint de circonstance.
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Issu d’une longue lignée de saltimbanques et de troubadours, au gré d’humeurs parfois lunatiques il déambule à travers ce pays vallonné, sur les petits chemins peu fréquentées, à l’écart des flux urbains. Après une halte dans un coin de ces campagnes environnantes, c’est autour d’un feu de bois qu’il s’installe en ce décor désuet, colportant, sur la place des villages la transmission orale des contes d’antan.
Calés dans l’inextricable fouillis de sa besace en croute de cuir, d’innombrables bribes de phrases, précieuse matière à compiler la trame narrative de ses fables improvisées. C’est ainsi qu’il relie les générations, puisant son répertoire dans l’imaginaire d’un temps oublié, enseveli dans les mirages de l’avènement télévisuel. Les images ayant pris le pouvoir sur le langage originel. Modernité digitalisée, traditions dévoyées. Que reste-il de cette époque où le soir, à la fraîche, les anciens sortaient une chaise dans la rue, histoire de partager quelques instants de convivialité ?
Et comme chaque soir à la veillée, avec l’allégresse des diseurs de bonnes aventures, il restitue le folklore local de la tradition orale des récits d’antan et des mythes universels. Soufflant et insufflant ses plus belles paroles accoutrées de sirupeux silences, dont chacun se délecte les yeux écarquillés, les oreilles affutées. Vielle tradition ancestrale de ces instants suspendus à l’éloquence des mots, chuchotés par delà les temps originels de la poésie où toute vibration oscille entre vraie légende et fausse réalité.
« Un monde où les oiseaux parlent aux humains, où les arbres s’entraident, où le vent rend service aux paysans, où de petits bergers croisent le chemin du bon dieu, où le merveilleux côtoie la réalité. » Clément Bouscarel
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En ces lieux de culture improvisée, l’absurdité du monde se transforme en trame originelle où la vertu des contes populaires redonne souffle de vie à l’ordre social. Fourmillante de toute part, seule ou en duo la lumière se transforme, grâce à la puissance de l’imaginaire on pénètre dans l’antre d’un autre univers.
Bien avant que l’écrit n’envahisse le paysage visuel, il y eu la parole, cette envolée lyrique portée par les voix de la sagesse. Tout en soulignant le caractère intemporel de la trame narrative, elle illustre richesse et diversité de ce qui donne de l’éclat à l’existence humaine tout en entretenant le mystère.
Pour établir la place des peuples dans l’insaisissable cosmos, chaque ethnie se fabrique un imaginaire peuplé de fables et de récits initiatiques, histoire d'accorder cette part du rêve qui à chacun revient de droit.
En clair obscur, la lueur diaphane peine à percer le voile de brume. Derrière le vacarme ambiant, le relais des mots, langage des éléments. Poésie de l’éclosion des esprits quand fleurissent les idées qui portent en elle la promesse des étoiles. Quelque chose de plus grand, quelque chose qui dépasse les grands voyageurs en chacun de nous. Quand la vie c’est cool au fil de l’eau….