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Au terme d’une saison plus que contrastée, l’été et ses multiples déconvenues convergeaient ensemble vers une sorte d’incontournable aboutissement, comme pour évoquer l’amour qui s’en va, l’amour qui s’étiole dans les moissons écarlates au sortir des lisières.
Pour son dernier jour, ultime tentative de séduction, Août dans sa flamboyante estivale s'était mis sur son trente et un, paré de chacun de ses atouts pour que dans la mémoire de chacun subsiste cette place au soleil qu’il puisse emporter dans ses valises avant que ne se fragmentent les rivages de l’exode. À quels souvenirs se raccrocher pour réfréner le monde en train de basculer ?
Août, dernier jour de farniente avant que Septembre ne vienne battre le rappel des laborieux. En embuscade, prêt à sonner la cloche de la rentrée, scolaire pour les studieux, littéraire pour les érudits et besogneuse pour les plébéiens. Fin de partie, dernières cartouches estivales avant qu’à l’équinoxe ne viennent sévir les fortes tempêtes de brutalité insensée.
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D’un seul tenant la volée de moineaux avait quitté ces lieux de dilettante, congédiés en bonne et due forme ils s’étaient enfuis à tire d’ailes vers le refrain de leur quotidien dans l’attente d’une prochaine escapade au détour de temps incertains en droite ligne d’une carapace prête à craquer sous le vernis des connivences. Truculente mélancolie à la vie qui continue de battre la chamade en dépit des bruits d’épouvantail.
Recouvrant une soudaine bouffée de sérénité les plages s'étaient vidées laissant place aux grandes étendues sauvages bordées par ces touffes d'oyats disséminées le long des cordons dunaires. Les crêtes d’écume flirtaient à la surface des vagues venues d’échouer en confidences intimes. En cette nouvelle saison les bords de grève pouvaient en toute quiétude renouer avec l’essentiel, parenthèse intime. Une expérience sauvage par nature, comme un retour aux sources façonné par l’alchimie conjuguée du soleil et du vent.
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Dans les brumes de chaleur du lointain, sur une seule et même ligne de fuite où fusionne ce camaïeu de bleu entre pierre d’azur et ombres outremer. Surgi de nulle part, toutes voiles déployées un esquif de fortune glisse le long de cette carte postale vers une destination inconnue. Secret de loups des mers bercé par le clapotis de l’eau où s’enfuit le regard face à l’ivresse des grands espaces, point de départ vers ce petit coin de paradis dont la respiration solitaire s’ouvre en grand comme une invitation au voyage des plus désuets.
Entre terre et mer, le littoral semblant posé sur les eaux jusqu’aux rebords de l’étang de l’Ayrole, l’uns des derniers graus sableux de la côte aux rives sauvages campées entre vignes et sel. D’un côté l’île Saint Martin en bordure du village de Gruissan, à l’opposé l’île Saint Lucie avec sa succession de pinèdes et son silence quasi monacal, à l’écart, véritable havre de paix. Grand bol d’air iodé en compagnie des flamants roses. Lignes de rivages dans l’écho des profondeurs, en filigrane cette nature indomptée qui ne cesse d’éblouir le flâneur en quête de poésie des sens. La mer, les oiseaux migrateurs, les hommes, le soleil et le vent.
Au cours de ces voltiges aériennes, le milan noir passe de longues heures à décrire ces orbes éclatantes qu’il trace dans la confusion des cieux avant de s’élancer dans le souffle fort du Cers. En d’autres temps, en d’autres lieux, au fil d’un lointain périple, dans son sillage d’aventurier, Corto Maltese a certainement du emprunter cette route des vents, bordant le cap sous la tour de Barberousse, perchée sur son éperon rocheux bordé de lagunes.
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37°2 au petit matin. Température des corps épris dans les tourments de l’amour fusionnel. À l’arrière des chalets montés sur pilotis, l’ombre évanescente de Zorg repeignant une à une les façades de bois érodées par la morsure des embruns. Impulsive et sauvage, Betty, walkyrie au bord du précipice, détourne le regard des âmes prudes avant que ne sombre la folie de sa propre débâcle. Passion destructrice devenue culte sous l’œil de la caméra intimiste de Jean-Jacques Beineix. Parenthèse nostalgique le temps d’une fugue improvisée. Et le bruit du vent dans les pages qui se tournent.
Au coucher de soleil, contre toute défiance, dans un tumulte insensé l'été furibond touche à sa fin. Cette nuit là, sans lumière ni décor, en dépit de tout superflu la super lune bleue à son périgée, bien plus grande et bien plus lumineuse qu’à l’accoutumée mire la frimousse de sa splendeur éphémère dans le reflet des salins. Ultime apparition au calendrier des festivités, sachant qu’il faudra quelque once de patience, voir jusqu’en 2037 avant que la prochaine Super Lune bleue ne dévoile ses mystères. Ici tout commence, tandis que sous les effluves de thym le film déroule ses séquences entre pupilles et papilles. Clap de fin, générique à proximité des sentiers de traverse.
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