La diagonale des fous

Aux vues de la complexité de cette histoire-là, je ne sais plus trop par où commencer. J’ai presque perdu le fil de la réalité qui s’estompe au lointain en filigrane. On s’y perd corps et âme, plus de repères tangibles, plus de balises. La quête de sens reste illusoire, sans horizon, sans lendemain…

Aux vues de la complexité de cette histoire-là, je ne sais plus trop par où commencer. J’ai presque perdu le fil de la réalité qui s’estompe au lointain en filigrane. On s’y perd corps et âme, plus de repères tangibles, plus de balises. La quête de sens reste illusoire, sans horizon, sans lendemain…

 Cela se passe au sein d’une grande entreprise phare, fleuron de l’aéronautique, vitrine des temps modernes. Tous les ingrédients de la mondialisation et du modèle économique néo-libéral y sont présents : performance, compétitivité, rentabilité, réactivité, synergie de groupe, CAC 40, actionnariat, part de marché .La vitrine est belle mais en coulisses la réalité dépasse l’imagination. Un monde insipide et abject sans foi ni loi où le cynisme règne en maitre absolu.

 Dans cet environnement hostile, difficile de faire face et de tenir la route. Les gens de bonne volonté finissent par se faire broyer par l’énorme rouleau compresseur. Les diktats de livraison des avions outrepassent toutes les règles en place. Objectif non avoué : livrer à tout prix quel que soit le prix. Au quotidien les procédures sont détournées, la qualité bâillonnée, les hommes bafoués, l’esprit d’entreprise vidé de son (bon) sens.

 Face à ce diktat despotique, résister c’est déjà s’opposer et réfléchir c’est désobéir. Un seul mot d’ordre : Tous dans le rang ! Un troupeau de moutons blancs et surtout pas de tête qui dépasse !  L’individu y est noyé dans la masse, le modèle de pensée : unique.

 Tous les coups, pardon, tous les moyens sont permis : manipulation, pression, chantage, discrimination, injonctions paradoxales, abus de pouvoir, mise au placard, objectifs irréalistes, moyens inadaptés, syndicats complaisants, opposition des générations, culte de l’individualisme : la liste est longue, certains s’y reconnaitront sans peine, toutes les grandes entreprises de France et de Navarre se suivent et finissent par se ressembler, le monde du travail a amorcé un nouveau visage de terreur …

 Stress, souffrance au travail, harcèlement moral sont les armes modernes des managers en place. Dans ce contexte l’être humain est devenu une simple variable d’ajustement au gré des humeurs des actionnaires et des aléas du marché.

 Comment accepter l’inacceptable. Comment rester et demeurer intègre. Comment ne pas se perdre dans ce dédale obscur et comment ne pas sombrer corps et âme ?

 Malgré tout certains refusent la fatalité et résistent encore. Certains pour qui des mots comme professionnalisme, respect et dignité sont des valeurs essentielles. De vrais dinosaures des temps modernes .Jurassic Parc n’est pas si loin !

 Voici l’histoire d’un homme respectueux, accroché à ses valeurs et ses convictions. Professionnel aguerri, consciencieux, méticuleux, riche d’une grande expérience professionnelle, en tant qu’inspecteur qualité, son rôle est  de faire respecter les procédures établies, de garantir le bon montage des équipements et d’assurer la sécurité des vols et des équipages. Il est dernier rempart et le dernier filtre avant la mise en vol des avions.

 Malgré la pression des managers, il ne concède aucun écart. Qualifié d’emmerdeur, de casse-couille et d’empêcheur de tourner en rond, il assume sans broncher les critiques.

Au cours d’une opération de remplacement de pièces mécaniques mettant en jeu la sécurité, il dénonce la dangerosité des pièces remplacées (pas de document, pas de traçabilité), le non-respect des procédures de montage et de réglage, ainsi que le risque potentiel des travaux effectués et la dangerosité des actions menées. Tout ceci dans un seul but : la sécurité avant tout.

 A partir de cet instant, tout va basculer. Alors qu’il n’a fait que le travail pour lequel il est employé, il va subir les foudres de sa hiérarchie, rien de frontal tout en souterrain.

Un tissu de mensonges, d’absurdités et de non-dit vont le conduire au placard.

Ils vont l’isoler de tous et de tout contact direct avec les avions. Lui va se replier et s’isoler, cherchant un sens au non-sens.

Face à une hiérarchie sourde et aveugle qui manie la langue de bois, la mauvaise foi et les paradoxes, le combat est perdu d’avance.

 Deux ans d’arrêt de travail pour dépression puis un retour douloureux dans l’entreprise, espérant qu’avec le changement de hiérarchie les comportements pouvaient changer.

Mais rien n’y fait, ce qui est inscrit à l’encre rouge reste gravé dans le marbre. Cela s’appelle un lynchage psychologique.

 Face aux bassesses quotidiennes qui se mêlent aux humiliations, les acteurs sociaux ne sont plus d’aucun secours. Asphyxié, il cherche de l’air pour ne pas sombrer. Blâmé, accablé, dénié, renié, on ne lui accorde ni aucune écoute ni aucun dialogue. Son sort est statué d’avance, de la bouche d’un représentant DP «  Ton copain, il est grillé ! »

Quand on veut noyer son chien on dit qu’il a la rage.

 

Je ne peux pas cautionner ces états de fait.

Je ne peux pas rester les bras croisés.

Ne rien dire, c’est accepter.

Ne pas dénoncer c’est être complice.

Je veux pouvoir me regarder dans une glace sans baisser les yeux.

Dénoncer la souffrance au travail est un devoir de citoyen.

Si aujourd’hui c’est lui, demain ce sera surement vous,moi, un collègue ou un ami.

Combien d’autres sacrifiés pour que se réveillent les consciences ?

 

J’ai longtemps cherché comment réagir, comment porter un message de soutien, comment s’impliquer alors que les barrières se ferment les unes après les autres.

Mon appel est un petit caillou jeté dans l’océan des tumultes, un grain de sable dans une chaussure. Même si ce combat ressemble à celui de David contre Goliath, je refuse la fatalité, trop facile de se voiler la face.

 

En votre âme et conscience, je vous le dis : INDIGNEZ-VOUS !!!

Ensemble semons l’Espoir, agissons pour un monde meilleur où chacun puisse retrouver respect, dignité, paix et fraternité.

Inspirons nous de la légende du colibri racontée par Pierre RABHI.

 

A mon ami et à tous ceux qui souffrent en silence.

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« Dans ce monde, il y a des choses insupportables. Pour le voir, il faut bien regarder, chercher. Je dis aux jeunes: cherchez un peu, vous allez trouver. La pire des attitudes est l'indifférence, dire « Je n'y peux rien, je me débrouille'."

  Stéphane HESSEL

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