SUPPLIQUES DE BASSE- COUR

" Le coq est roi sur son fumier " Seneque

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 Du haut de son promontoire

Improvisé tremplin pour la gloire,

Le jeune coq en herbe ébouriffé,

Scrute avec avidité le haut du perchoir.

Toujours plus haut, cocorico !

 

Après avoir foulé aux pieds

Tous les prétendants au titre,

Empêtrés dans un conflit d’égos,

L’ambitieux est à la hauteur

De ses prétentions les plus manifestes.

 

Si malgré tout, la basse-cour

 Reste sa juridiction de prédilection,

Le juvénile coquelet emblématique,

Pas aussi raffiné que pourraient

Laisser croire ses intentions,

Est bel et bien ambitieux.

 

D’un regard oblique, sournois de surcroit

Il scrute du côté du bleu de l’azur,

Aux encablures de la bannière étoilée

De cette vieille Europe empêtrée

Dans l’alangui de 27 points lumineux.

Sa vanité établie est de rester ainsi  perché.

Le volatile zélé n’a pas l’étoffe des héros.

Son ramage singulier de pacotille

N’est pas à la hauteur de son plumage.

L’opportuniste du poulailler

N’a ni la pointure ni l’envergure

De l’Aigle impérial des cieux de l’Olympe.

 

La litanie enjouée du coq hardi

Est un exécrable pamphlet d’audaces,

Il dynamite la solennité des instants,

Brandissant l’étendard patriotique

De son libéralisme salvateur,

Seul rempart face aux nationalistes effrénés

Qui défilent à visages découverts,

Au pas de l’oie, cadencé.

Choix tyrannique de philosophie identitaire.

 

 En aparté, Zeus observe au plus près

Les suppliques et les gesticulations du gallinacé.

Après avoir déboussolé sans vertu

Toutes les girouettes de service,

De la cime du faite de son clocher,

Tel un clairon atone de bandas enivrée,

Le coquet en verve, bombant le torse,

Coquerique cantiques  et alléluias,

Aux tyranniques envolées lyriques

Sous faux airs de castra d’opérette.

« Co-co-ri-co!!! »

 

Son nom sonne comme la promesse

D’un envol ver le ciel.

Il se met à pleuvoir des hallebardes.

De larges gouttes mouchètent

Le parvis détrempé jusqu’à l’os.

Dans les bras de son poète éconduit

Notre-Dame tire sa révérence.

 

Englués dans un poisseux brouillard lacrymal,

Misérables et jeunes poussins jaunis,

Se dispersent en volée de moineaux effarouchés;

Sous la force et la contrainte des violences policières,

Quand mugissent les détonations sourdes

Des armes de destruction populaire.

 

L’œil allumé d’une lueur féroce

L’ardent volatile bouffi d’orgueil

S’époumone jusqu’à l’enrouement,

Ne caquetant plus que quelques onomatopées.

«  Qu’ils viennent me chercher.. »

 

La belle gitane aux pieds nus

S’étiole dans la plainte de la nuit,

L’ombre furtive du sonneur de cloches

S’esquive loin de la tragédie à venir.

L’angélus résonne dans le ciel de traine.

 

Dans les coulisses du domaine des Dieux

Zeus, plus redoutable que les autres,

Tempête à tout va sa foudre divine.

Quel est donc cet emplumé de basse-cour,

Fier comme Artaban,

Arrogant fanfaron poids plume,

Persona non grata ostracisée

Qui ose ainsi se revendiquer

Digne héritier issu de…

La divine cuisse de Jupiter ?

 

La verticalité du pouvoir

Donne le vertige aux plus audacieux

Et fait chavirer les têtes à claques

De tant d’individus égocentrés.

Il est temps que le macro-coq de foire

Retourne  claironner sur  son tas de fumier !

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